Par Loïc Douyère

Passionné par les nouvelles technologies et l’IA, Loïc Douyère explique que les cadres qui ne se remettent pas question seront irrémédiablement poussés vers la sortie. S’appuyant sur les annonces récentes d’Amazon et Accenture. L’outplacement devient un baromètre de la conjoncture, un signe des changements en cours.
La vague de licenciements déclenchée par l’IA n’est plus un fantasme : 14.000 suppressions de postes chez Amazon, 12.000 chez Accenture… En France aussi, les annonces s’enchaînent depuis mai 2025 : 1.200 suppressions d’emplois chez ST Microelectronics, 120 chez Atos à Toulouse dans l’ingénierie, 1.000 chez Arcelor, des coupes chez Showroom Privé, Erasteel, General Electric, dans le BTP, dans les banques… On y est : de plus en plus de postes sont « IAisés », selon un néologisme qui s’impose – remplacés par l’IA. Lorsqu’un travail est trop tayloriste, lorsqu’un poste est automatisable, celui qui l’occupe doit s’inquiéter. Les salariés dépassés par l’IA sont poussés vers la sortie. Tous doivent comprendre qu’ils doivent augmenter avec elle, ou partir.
Hier, la robotique dans les usines inquiétait les ouvriers. Aujourd’hui, les « dark usines » travaillent seules. Dans les bureaux, celui qui est diplômé d’une grande école de commerce, formé à produire des PowerPoint et des données Excel, peut désormais être balayé d’un revers de main. Dans le même temps, les modèles développés par OpenAI et Google Gemini bousculent les éditeurs de logiciels. Même Septeo, qui, ici, semble si solide, peut être mis en difficulté. Son dirigeant, Hugues Galambrun, admet d’ailleurs s’inscrire dans une course de vitesse.
Reprise de l’outplacement, signe des changements en cours
Paradoxalement, le marché français de l’emploi connaît des difficultés de recrutement. Les métiers en tension se multiplient : techniciens, commerciaux, compétences pointues comme la fiscalité douanière… Les demandes de recrutements sont importantes, spécifiques, et liées à la transformation accélérée de l’économie : un poste de directeur administratif et financier parce que le directeur général sent un nouveau marché et cherche autre chose ; un DRH cherchant non plus un administrateur du personnel, mais un responsable développement des compétences qui comprend l’IA et les nouvelles technologies… Chez FMI RH, nous assurons parfois des missions très spécifiques, comme ce recrutement d’un menuisier pour le monument le plus connu de France, mêlant 150 ans d’histoire et technologies les plus modernes.
Et, en même temps, le marché du reclassement professionnel (outplacement) renaît. Après le Covid, ce marché avait disparu pour les cadres de haut niveau, entre 2020 et 2023. Il réapparaît depuis fin 2024. Cela signifie que des cadres perdent leur travail. Le marché recrute et licencie simultanément. L’outplacement devient un baromètre de la conjoncture, un signe des changements en cours.
Le moteur devient, pour des cabinets comme FMI RH, l’accompagnement, les bilans de compétences, le coaching, l’outplacement.
L’outplacement est l’envers du recrutement : aider des cadres à trouver un nouveau poste demande de la subtilité. Les cadres eux-mêmes ont du mal à exprimer leurs propres compétences.
Éviter d’être « le homard dans la casserole »
L’enjeu majeur reste l’adaptation. Ce qui change aujourd’hui, c’est la vitesse. Celui qui s’est adapté n’est pas en outplacement. À l’inverse, il y a le « homard qui s’endort dans la casserole ». Ceux-là risquent de s’arc-bouter sur les acquis sociaux. Ceux qui disent « l’IA n’est qu’un outil » balaient la réalité d’un revers de main. Ils font le homard, alors que l’eau bout ! D’autres, enfin, ne prennent toujours pas conscience du phénomène et vivent leur petite vie comme si rien n’existait. L’enjeu de l’outplacement, c’est de leur faire découvrir ce monde. Certains s’y mettent rapidement, d’autres mettent des mois : la moyenne de reclassement d’un cadre supérieur est de 6 à 9 mois – et, donc, beaucoup plus pour certains.
Inutile d’attendre des jours meilleurs
Nous ne reviendrons pas en arrière. Inutile d’attendre des jours meilleurs : le marché de l’emploi change. Les Anglo-Saxons l’ont compris depuis longtemps : mieux vaut parfois se sépares, faire un chèque d’un montant souvent au-delà des indemnités légales. C’est budgétisé dans l’enveloppe des suppressions de postes, avec un accompagnement. Les entreprises françaises commencent à le comprendre. Elles grandissent sur de nouvelles notions de séparation, conscientes des dégâts causés, en interne comme en externe, lors d’un départ conflictuel. On se sépare de plus en plus correctement, via un outplacement financé par l’ancien employeur. Le salarié peut créer son entreprise, se former… Ce phénomène est assez nouveau. Jusqu’à récemment, l’outplacement servait surtout à gérer la difficulté sociale, à éviter le procès.
Cadres, actionnaires, directions, acteurs des RH… : la transformation est là, pour nous tous. Elle avance. Et elle ne s’arrêtera plus.
Prochaine « Tribune partenaire » de Florian Mantione Institut RH : semaine du 8 décembre.
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