
Par Augustin Valero
En cette rentrée économique explosive, Augustin Valero dévoile les métiers en tension en Occitanie, avec des bonnes pratiques pour les PME. Il s’inquiète d’une instabilité politique qui semble s’inscrire dans la durée.
En temps de contraction de l’activité économique, reste-t-il des métiers en tension, c’est-à-dire qui peinent à recruter ? La réponse est : oui ! C’est le cas par exemple dans l’informatique, le développement logiciel, les chefs de projet informatique ou la cybersécurité. Dans le BTP, pourtant durement touché par la baisse de son marché, les besoins de recrutement sont là, et les postes peinent à être pourvus : ingénieurs, dessinateurs dans les bureaux d’études, projeteurs, conducteur de travaux.
En revanche, beaucoup d’agents immobiliers et de directeurs d’agences se remettent sur le marché de l’emploi, après l’arrêt brutal de projets de construction et la fragilisation de certaines franchises. Alors que la gestion immobilière, avec l’évolution des syndics et l’intégration de l’IA dans les process, reste attractive.
Les fonctions commerciales sont également des postes difficiles à pourvoir. La vente en ligne s’impose de plus en plus, mais lorsqu’il s’agit d’aller sur le terrain, les candidats se font plus rares ! Dans la région, nous observons aussi des tensions sur les postes d’experts-comptables, de cadres de santé dans le médico-social, et, selon les territoires, les ingénieurs dans l’industrie et l’énergie.
Ces tensions s’expliquent par le manque de compétences disponibles, mais aussi par la manière dont les entreprises recrutent. Le rapport de force a bel et bien changé. Les candidats se demandent : « Que m’apporte cette entreprise ? Que va-t-il se passer quand je la quitterai ? Aurai-je acquis de nouvelles compétences, une meilleure image sur le marché du travail ? »
La marque employeur n’est plus un slogan : c’est une condition de survie pour le recrutement. Cela passe par une autre façon de vivre l’entreprise, en termes de flexibilité, de formation… Si les grands groupes se sont appropriés ces enjeux, les PME accusent un retard. Beaucoup restent sur un modèle ancien : un poste est à pourvoir, donc je publie une offre. Or, il ne faut pas attendre d’avoir un besoin urgent pour se mettre en chasse. Vous prendrez entre un à deux mois pour trouver le bon profil, soit une réactivité insuffisante. Le recrutement doit être une stratégie continue : anticiper, cultiver un vivier de talents même en l’absence de besoins immédiats, investir dans la formation, offrir des perspectives… Et communiquer dessus !
On ne voit plus le bout de l’instabilité
Instabilité politique, annonces anxiogènes, baisse des financements publics… Les signaux économiques négatifs se multiplient depuis un an. Le vote de confiance à l’Assemblée nationale le 8 septembre, et la perspective d’une censure du gouvernement Bayrou, inquiètent les entrepreneurs. Les startups peinent de plus en plus à lever des fonds, par exemple dans le domaine des mobilités. Si les investisseurs misent moins sur l’économique, c’est parce que la vision moyen et long terme fait défaut. Les temps politiques et économiques sont de plus en plus différents. On l’a senti lors de la REF (Rencontre des Entrepreneurs de France) du Medef à Paris la semaine dernière – Montpellier accueillera sa propre REF le 10 septembre à Mauguio (34).
Le plus inquiétant est que l’on ne voit pas le bout de cette instabilité. Je ne vois aucune proposition politique pour développer l’activité des entreprises. La proposition de supprimer deux jours fériés, c’est du bricolage ! Qui détériore de surcroît la relation entre salariés et patrons.
Dans ce contexte dégradé, les dirigeants ralentissent leurs projets de développement et leurs recrutements. Le phénomène touche aussi les candidats potentiels : les salariés en poste y restent. Ils font preuve de moins d’audace, ce qui casse la dynamique.
Les pouvoirs publics doivent envoyer des signaux clairs. Tant que l’on ne donnera pas aux acteurs économiques les moyens et la confiance pour aller de l’avant, la situation restera bloquée.
Prochaine « Tribune partenaire » de Florian Mantione Institut RH : semaine du 6 octobre
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