On s’en fout

10 mars 2025

Il est une chose plus éreintante encore que les longues journées de travail. C’est l’attention qu’il faut porter, à tout moment, en toutes circonstances, au mot utilisé, au comportement à adopter. Selon le principe bien connu que tout pourra être retenu contre vous, a fortiori dans un métier de mots, mais aussi d’image. Je me surprends ainsi, au restaurant, dans un bar, pour un spectacle, à scruter l’assistance proche, l’assimilant à autant d’oreilles indiscrètes éventuelles. Une vie épanouie et enviable. La stratégie de défense s’intensifie, les rares fois où je bois plus de deux verres d’alcool, et pendant lesquels la langue risque de fourcher. Et dans ce monde de l’ultra-contrôle, le moindre écart, ou trait d’humour jugé trop audacieux (ou tout simplement incompris), peut se payer comptant. 

Alors, pour que la vie soit douce comme un printemps revenu et une enfance de foot de rue retrouvée, il faut bien s’imaginer des escapades. Les solutions sont simples. Au stade, prendre une place au kop, et non dans les tribunes fréquentées par les « classes supérieures » (tout est relatif dans l’adjectif). Préférer aux adresses trop courues des lieux de sortie en dehors des sentiers battus. Passer incognito la feria de Nîmes au « Prolé » plutôt qu’à « L’Impé » – je l’ai fait. C’est ainsi que, pour fêter ma mi-temps sur terre, fin mars, en cercle familial restreint, j’ai opté pour un format délocalisé. Un endroit où je suis à peu près certain de pouvoir me lâcher, en résumé. Mais je balayerai quand même du regard autour de moi avant d’entamer le 3e verre. On ne sait jamais.

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