Quand ça se produit une fois, c’est un épiphénomène. Quand elle survient tout le temps, c’est un symptôme. Les parents métropolitains qui laissent leurs enfants aux anniversaires de leurs copains/copines, en les y jetant comme des colis. Si possible en restant dans leur voiture, au bout de la rue, pour ne pas avoir à dire bonjour.
Voici un exemple parlant, vécu samedi après-midi. Ma fille est invitée à l’anniversaire de deux sœurs jumelles choupinettes, pour leurs 14 ans, sur une plage de Palavas. Sable, soleil, mer, 12 copines, liberté dans l’eau et les rochers : il y a pire, comme rentrée. Et pour ne rien gâcher, les parents sont sympathiques. Il me sembla donc évident de rester. En bouée de sauvetage psychologique, l’ordinateur est dans le sac : à un moment, je m’échapperai forcément 1h30 dans ce bar de front de mer, pour rédiger et livrer des articles urgents – ce qui ne manqua pas, un certain Stéphane Darmon (Étincelle) pouvant en témoigner. Mais je fus le seul parent à rester pour profiter du joyeux rassemblement, et du site, offrant une vue bleue sur pas de yachts. Et c’est le même scénario qui se reproduit, de plus en plus. Après quoi courent-ils tous, ces parents parant au plus pressé ? Que fuient-ils ? Quel est donc leur destin du samedi ?
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Pourquoi ne pas accepter l’imprévu, l’hybridation d’un instant, entre découverte d’autres parents, aide modeste à la logistique pour un anniversaire, et café frappé à l’écart pour travailler au son des vagues. « Les gens ne prennent plus le temps », me suis-je surpris à penser, entre deux gorgées à l’orgeat. Cette pensée n’est pas déconnectée de la réalité générale. Jeudi soir à Paris, Nicolas Dufourcq, patron de Bpifrance, dévoilait ainsi cette anecdote, devant la délégation Occitanie : « Un copain s’occupe du Cercle de l’Aviron de Marseille, depuis 30 ans. Il m’a dit récemment : ‘Avant, les gens participaient au club, arrivaient en avance pour préparer les équipements, partaient après pour ranger, discutaient entre eux. Aujourd’hui, les comportements sont guidés par un individualisme total’. Et c’est là une évolution très profonde de la société. » Dont on ne se fout pas.