
Le site Perrier de Vergèze produit-il encore de l’eau minérale naturelle ? « Au vu de l’audit de la Commission européenne et de la direction générale de la santé, je suis obligé de vous répondre non », déclare, le 7 février à Nîmes, Alexandre Ouizille, rapporteur de la commission d’enquête « sur les pratiques des industriels de l’eau en bouteille », aux côtés de Laurent Burgoa, sénateur LR du Gard et Antoinette Guhl, sénatrice écologiste de Paris, pour « clarifier » la situation.
Dans le cadre de la commission d’enquête sur les pratiques des industriels de l’eau en bouteille, ces trois sénateurs ont visité, le 7 février, l’usine de Perrier (1.000 emplois), à Vergèze (30), avant de tenir un point presse dans les locaux de la préfecture du Gard, en début de soirée. Entre microfiltration controversée et fraudes passées sous silence, à qui la faute ? Les Indiscrétions étaient sur place, aux côtés d’une vingtaine de confrères journalistes.
« Nous avons pu voir tout ce que nous voulions. On nous a même montré des armoires où étaient dissimulés des traitements UV illégaux pendant plusieurs années. Aujourd’hui, il faut sortir de cette pagaille : Nestlé utilise des micro-filtres à 0,2 micron pour son eau. Pour le directeur général de la santé, cela constitue une désinfection. Pas pour le préfet, ni pour Nestlé qui fait valoir une forme de retard de la réglementation en France », met en avant Alexandre Ouizille. Actuellement, le seuil est fixé à 0,8 micron.
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Le rapporteur de la commission d’enquête souligne que l’avocat de Nestlé Waters a refusé que certains employés répondent à ses questions. « J’espère que l’audition sous serment pourra éclaircir ces interrogations. Ils refusent une forme de transparence », commente-t-il. « Il y a un besoin de vérité pour tout le monde, ici. Il est primordial de conserver l’activité économique qu’amène ce site. Cette usine est un acteur positif du territoire, ça va sans dire », glisse Laurent Burgoa. En ce moment, trois hydrogéologues sont mandatés pour analyser la nappe phréatique autour du site de Perrier. « Les conclusions de cette étude seront rendues dans les jours à venir », indique le sénateur du Gard. « Nous vérifions également qu’il n’y ait pas de croisement entre les eaux de Perrier et de Maison Perrier (eau de boisson issue de deux puits déclassés pour un problème de qualité des eaux, note), produites sur le même site », ajoute Antoinette Guhl.
Responsabilités politiques ?
« Nous sommes dans une situation qui dure depuis des années, et ni l’ARS, ni la préfecture, ni la DGCCRF n’active l’article 40 (obligation de dénonciation au procureur faite aux fonctionnaires lorsque des faits délictueux leur sont révélés, note) », déplore Alexandre Ouizille. Cette commission d’enquête doit permettre de faire toute la lumière sur la responsabilité de plusieurs personnalités politiques. Ce jeudi 6 février, Didier Jaffre, directeur général de l’ARS Occitanie, et Jérôme Bonet, préfet du Gard, étaient auditionnés à Paris, au Sénat. « Depuis 2021, au moins, il y a des fraudes ici, c’est avéré. Des ministres étaient informés, mais la production n’a pas été arrêtée, s’interroge Antoinette Guhl. Alors pourquoi ? À cause de l’influence de Nestlé Waters ? Du poids économique du site de Vergèze ? C’est possible. »
Et la suite ? « Nous avons 6 mois pour rendre un rapport, avant le 20 mai. Lors de la semaine du 10 février, nous interrogeons des industriels, les préfets d’autres départements, puis les ministres successifs de la santé et de l’industrie, indique Alexandre Ouizille. Puis, s’il le faut, et si l’on m’apporte des preuves que c’est utile, nous remonterons à l’Élysée ou à Matignon. »