Départ du Crédit Agricole, Ode à la mer, négociations avec Nexity sur Carrefour : Cyril Meunier, maire de Lattes, dit tout

24 mars 2025
commerce ode a la mer - Les indiscretions
©DR

L’actuel site du Crédit Agricole du Languedoc (Maurin, commune de Lattes – 34) devrait être reconverti en zone d’activité économique, et non en projets résidentiels, après le départ de la banque vers le quartier Cambacérès (Montpellier), en 2029. « C’est notre souhait », indique aux Indiscrétions Cyril Meunier, maire de Lattes, lors du Mipim (Cannes), le 12 mars, à un an des élections municipales. « Ce sera une zone d’activité économique, parce qu’on aura la gare multimodale de Villeneuve-lès-Maguelone qui sera à peu près à 8 minutes en voiture. On va même prolonger avec la TAM le bus 18, qui ira jusqu’à la gare. Ce sera beaucoup plus pratique pour nos amis de Villeneuve et pour nous », confie l’élu.
Pourquoi ce choix d’aménagement, plutôt que d’accueillir des logements sur cet emplacement alors que la métropole de Montpellier en manque cruellement, et continue d’attirer des habitants supplémentaires ? « Maurin va arriver au nombre d’habitants que je voulais pour avoir une autosuffisance et un équilibre. Je ne veux pas rajouter plus de population. On va se rapprocher de 5.000 habitants, ce qui permet d’avoir une vie locale, une autonomie, une utilisation des services publics. Si je dépasse ce chiffre, il va falloir prendre des investissements supplémentaires. On a déjà des axes routiers qui sont bloqués. Donc, on va s’arrêter là. 
» Il fait remarquer que « le Crédit Agricole du Languedoc, qui va s’en aller, est déjà une activité économique. Ils prennent une décision surprenante, d’ailleurs, de quitter leur siège d’origine. Je pense que ce n’est pas la meilleure idée qu’ils aient eue. Ils pensaient qu’il leur fallait être au cœur de ce système économique. Cela dit, je ne suis pas certain, actuellement, qu’un acteur tel que le Crédit Agricole du Languedoc ait besoin d’être au cœur physique d’un quartier pour que personne n’oublie qu’il est un des premiers investisseurs de la région Occitanie. Il y a d’autres façons d’être visibles. » Avant de tempérer : « Après, c’est une société privée. Ils font ce qu’ils ont à faire. Et je n’ai pas à intervenir dans leur choix stratégique. En allant là-bas, le Crédit Agricole du Languedoc participe à l’émergence de Cambacérès, à travers une folie architecturale qui est très intéressante. »

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Ode à la mer : « un projet de 45 ans ». Le projet urbain d’Ode à la mer (reprise de l’entrée de ville commerciale à Lattes et Pérols, ndlr) « est un projet à 45 ans. C’est ce que j’avais dit à son démarrage, en 2006. Les évolutions du commerce sont celles que j’avais prévues. C’est-à-dire que le commerce présentiel est en train de perdre beaucoup de son attractivité au profit de la livraison, au profit de la vente par Internet. Et donc, petit à petit, le présentiel n’étant plus source principale de l’activité commerciale, les commerces, y compris les hypers, veulent réduire leurs surfaces. Certaines filières de la vente vont quitter le présentiel petit à petit ou vont faire juste des showrooms. On est dans cette évolution du commerce qui va nous amener à devoir réutiliser ces surfaces. Et l’intérêt majeur que j’y vois, c’est que je ne veux pas étendre ma ville sur les terres agricoles et naturelles. Il est donc important de requalifier ces entrées de villes. C’est pour ça que je suis au Mipim (où il est intervenu sur le sujet des entrées de ville, ndlr). Il faut désimperméabiliser, renaturaliser, et détruire cette ‘France moche’ des années 70 qui a certes bien servi, en matière de consommation, d’ouverture de beaucoup de produits à des classes moyennes et modestes qui n’auraient pas pu, sinon, les acheter. Je ne crache pas sur cet urbanisme, sur cette vision du commerce des années 70. Mais aujourd’hui, il faut qu’on requalifie tout ça et qu’on construise la ville sur la ville. Et c’est en ramenant la ville dans ces zones qu’on sauvera le commerce, parce que plus le consommateur se rapproche des commerces et n’aura pas à prendre sa voiture, plus il consommera. La proximité, c’est le nerf de la guerre du commerce, partout dans le monde.
Par ailleurs, le but est de construire sur des zones qui aujourd’hui sont dans un triste état, écologiquement parlant et esthétiquement parlant.
 »

« L’abandon du projet de Frey, la pire bêtise ». L’élu regrette l’abandon, par Philippe Saurel (ex-président de la métropole de Montpellier) et son successeur Michaël Delafosse, du projet de la foncière Frey, à Pérols. Le projet prévoyait de centraliser sur un site unique des enseignes existantes et disséminées, en optimisant leur fonctionnement (parking, logistique…) et en libérant les fonciers qu’elles occupent actuellement. « Avec cet abandon, on a perdu 10 ans », souffle-t-il. Les négociations se font « au coup par coup, avec les propriétaires familiaux ou des propriétaires institutionnels », par exemple avec Carrefour et Nexity, à propos de la transformation de l’hypermarché Carrefour Grand Sud.
« On a aujourd’hui une bonne dizaine de dossiers en cours de négociation, comme avec l’emprise de But, et deux ou trois gros propriétaires sur la zone du Solis (Intersport, Maison du Monde…). » Mais sans le programme immobilier de Frey, « il faut que je joue un peu aux poupées russes entre différents territoires, entre différents équipements, pour trouver des solutions de relocalisations aux uns et aux autres ». Pour les opérations futures, il privilégie une « mixité complète, à la fois fonctionnelle et sociale. Les pieds d’immeubles seront dédiés quasi-exclusivement aux commerces, pour replacer les commerces qui auront joué le jeu avec nous. Les étages accueilleront des logements, des bureaux, des résidences, des hôtels aussi. Je veux la mixité, contrairement aux anciens quartiers, soit exclusivement résidentiels, soit uniquement sur de l’activité.

Transformation de Carrefour Lattes avec Nexity. Porté par Nexity et Jean-Luc Porcedo au niveau national, le programme de reconquête des hypermarchés Carrefour, concernant celui de Lattes, est à l’étude. Carrefour et Klépierre (propriétaire de la galerie marchande) « ne sont pas forcément dans une capacité d’écoute et au même niveau des préoccupations qui sont les nôtres. La galerie de Klépierre fonctionne excessivement bien, l’hyper aussi. Mais, à long terme, il faut réduire les surfaces de vente et modifier son modèle. Jean-Luc Porcedo est très intelligent quant à la conception de ce que doit être la ville de demain. Ses équipes se frottent à la complexité du projet Ode à la mer : comment vous faites pour raser les commerces et qu’est-ce que vous construisez ? Il faut garder raison, sur les volumes de construction qui peuvent être faits. Et les promoteurs, ils gardent rarement raison. La part du gain est tellement importante… On leur rappelle qu’on a besoin de 50 % de terre pleine (dans le cadre du PLUI-Climat de la métropole, ndlr), et que les projets initiaux sont donc un peu plus difficiles à mettre en œuvre. Il faut que les gens aient des salles de réunion, des salles de sport, des crèches, des écoles… Je rappelle à tout le monde, parce que c’est souvent oublié, que celui qui dessine sa ville, c’est le maire. Mais bon, vu mon caractère, généralement, ils comprennent assez vite ! »

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