Une salle de décideurs économiques plutôt acquis au discours du député Charles Alloncle (UDR), rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, mais un Laurent Joffrin (journaliste et essayiste, directeur de la publication du Libre Journal) combatif et sérieux sur ses bases : la controverse du Cercle Mozart de Montpellier et de la Fédération des Cercles Mozart « Quel avenir pour l’audiovisuel public français ? », animée par l’ami journaliste David Revault d’Allonnes (LCI / Radio J), a tenu toutes ses promesses, le 11 septembre au Domaine des Grands Chais (Mauguio – 34).

Charles Alloncle a fustigé « les entorses au pluralisme », commises selon lui par l’audiovisuel public – « Bardella comparé à Hitler, Ciotti à Mussolini, 60 % du temps d’antenne des candidats RN diffusés la nuit en période électorale, et même 70 % sur les antennes de France Info… C’est une méthode fallacieuse de Radio France, qui nie une obligation légale à valeur constitutionnelle. Il y a des entorses aux obligations légales (honnêteté, pluralisme, impartialité), alors que l’audiovisuel public est payé par l’ensemble des Français. Le cœur de la commission d’enquête a été de se pencher sur les conflits d’intérêt, qui minent l’efficacité de la dépense publique au quotidien. Notamment les 1 Md€ attribués à des sociétés de production privées, à travers des contrats surfacturés, attribués par copinage (sic), notamment à MediaOne, société de Matthieu Pigasse. Il y a une privatisation en cours du service public, avec des contrats attribués à des milliardaires qui ont des intentions politiques ».
Selon Laurent Joffrin, « les médias publics ne sont pas de parti pris. Le journaliste Patrick Cohen n’est pas militant (huées dans la salle, note). Vous ne mentionnez pas le fait qu’Éric Zemmour a lancé sa carrière, pendant plusieurs années, sur les chaînes du service public ! Il y passait toutes les semaines. Pourquoi cet exemple ne figure pas dans le rapport ? Parce que cela aurait obligé à le nuancer ? », riposte-t-il. Le journal matinal de France Inter est selon lui « factuel. Je connais les journalistes de l’audiovisuel public, ce sont des gens honnêtes, qui ne font pas de propagande ». Selon lui, le paysage médiatique français « est dominé par la droite », en citant « RTL, RMC, BFM, Sud Radio, TF1, Europe 1 et, bien sûr, l’empire Bolloré ».
Alloncle stigmatise pour sa part « une polarisation des opinions, une archipelisation des opinions et des médias. Les algorithmes des réseaux sociaux nous y enferment, les médias publics ont poursuivi cette dynamique. Cela nuit au pluralisme, alors que ces médias devraient être un moment de confrontation, d’idées et de débats. »
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Alloncle estime par ailleurs que « 12 cases de jeux par jour, c’est trop. On ne peut pas avoir une telle omniprésence de jeux. » S’il souhaite maintenir l’audiovisuel public, il souhaite des fusions de chaînes – « 132 chaînes de télé et radio publiques, c’est trop. Fusionner permettra de rationaliser et de limiter les rediffusions. On met 4 Md€ par an, alors que la sauvegarde des monuments en péril est en danger, les théâtres, les moulins, les églises rurales, les phares. Si on gagne l’an prochain (la présidentielle, note), nous rééquilibrerons. » (applaudissements dans la salle)
Joffrin, ancien patron de « Libération », estime qu’il faut « des médias publics français forts, face aux intérêts privés. Or, vous voulez les ponctionner d’1 Md€, sur les 4 qui leur sont attribués. 25 % de recettes en moins revient forcément à les affaiblir. Je soupçonne l’extrême-droite de vouloir concentrer les pouvoirs. Si on enlève le sport et les jeux, deux secteurs qui fonctionnent bien, l’audimat baissera, et ce sera un prétexte pour privatiser. Je n’ai rien contre les entreprises privées, mais il ne faut pas que ça. L’ensemble des médias ne peut pas être soumis à la seule règle de la rentabilité et de la rémunération des actionnaires. »
Un point sur lequel Charles Alloncle se trouve d’ailleurs en accord : « C’est l’honneur du service public de faire différemment, de poursuivre des missions non rentables que le privé ne pourrait pas assumer : investigations longues, informations locales… »
Controverse sur les réseaux sociaux. De son côté Laurent Joffrin est favorable à un encadrement des réseaux sociaux. « Plus de la moitié des informations est consommée sur les réseaux sociaux. On laisse les grandes plateformes balancer n’importe quoi, sans les sanctionner. Ce sont de nouveaux médias, comme ils se définissent eux-mêmes. Or, les médias sont régis par la loi de 1985, avec un directeur de la publication qui est responsable de ce qui est publié. Le savoir et la fiabilité sont ruinés par les multinationales des réseaux sociaux. » Pour Charles Alloncle, « sans les réseaux sociaux, le rapport de la commission d’enquête n’aurait jamais été adopté par l’Assemblée nationale (à une voix près, note) ».