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6 octobre 2025

« Le défi de l’eau, c’est le Pont du Gard du 21e siècle »  

Après Blois, Villefranche-sur-Saône et Boulogne-sur-Mer, Veolia fait étape à Nîmes, ce 3 octobre en fin d’après-midi au Musée de la Romanité, dans le cadre de son Tour de France de l’Eau. Devant près de 100 acteurs du territoire, réunies en arc de cercle dans un esprit d’atelier, sa directrice générale, Estelle Brachlianoff, a décrypté les nouveaux défis de l’eau – technologies permettant de l’efficacité, prix de l’eau, acceptabilité des projets, irrigation ciblée… Tout en livrant sa vision sur la relation spécifique entretenue par le Gard avec l’eau, entre surabondance lors des épisodes cévenoles et pénuries lors des épisodes de sécheresse. Les Indiscrétions y étaient.

Veolia Estelle Brachlianoff 2 ©DR - Les indiscretions
Au micro : Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia ©DR

L’eau, terrain d’audace 

Estelle Brachlianoff ouvre l’échange en revenant à l’histoire romaine du Gard. « Un siècle après Jésus-Christ, un ingénieur romain s’est dit, en bord du Gardon : ‘Comment apporter l’eau d’Uzès jusqu’à Nîmes ?’ On parle de 50 km et seulement 17 m de dénivelé ! Ça donne à la fin le pont du Gard, très célèbre. C’est l’audace de quelqu’un, sur un sujet essentiel, qui devient un monument. » 

Pour la directrice générale de Veolia, ce détour éclaire le présent. « L’eau est au cœur des enjeux des territoires et au cœur de quelques spécificités. On ne parlera pas de la même façon de l’eau ici qu’à Lille, à Boulogne-sur-Mer, à Villefranche-sur-Saône ou à Blois. C’est un sujet éminemment local. » D’où un double impératif : « Être ancrés dans les territoires, et proposer des outils, de la vision, de l’innovation, des technologies que Veolia développe au niveau mondial. C’est à la fois le très grand et le très local. » 

L’ingénieure place aussi Nîmes dans une continuité : « 1.900 ans plus tard, même ville, même esprit pionnier. Les enjeux sont les mêmes : trop d’eau ou pas assez, pas au bon moment, pas au bon endroit, pas de la bonne qualité. » Elle souligne l’anticipation de Nîmes Métropole en la matière : « Une station d’épuration dans laquelle on fait de la réutilisation des eaux usées, et de l’économie circulaire en fabriquant de l’énergie à partir des boues d’épuration. » Elle résume l’ambition posé à Veolia : « On est en train de bâtir ici le pont du Gard du XXIe siècle. » Avec une expertise pointue dans de nombreux métiers : « capteurs de réseaux, détection des fuites, gestion prédictive de la ressource en eau, capacité d’intervention 24 heures sur 24, gestion de crise… » 

Miniature video Estelle Brachlianoff - Les indiscretions
Visionner l’interview d’Estelle Brachlianoff en cliquant ici

Vecteur d’aménagement du territoire 

Franck Proust, président de Nîmes Métropole, situe l’étape nîmoise du « Tour de France de l’eau » : « L’eau concentre à nouveau toutes les tensions de notre temps. » Il évoque « la réinjection dans les nappes » et « d’autres solutions » adaptées aux défis des régions méditerranéennes. Il insiste sur la volonté d’action : « Vous accueillir aujourd’hui, pour conclure le Tour de France de l’eau à Nîmes, c’est affirmer que nous ne voulons pas subir l’avenir et le construire comme nos ancêtres, les Romains. » 

Bernard Angelras, vice-président de l’intercommunalité, viticulteur dans les Costières et président de l’Institut Français de la Vigne et du Vin, replace le débat dans « l’aménagement du territoire » : « Il y a des communes, peut-être dans le Gard, qui demain n’auront plus d’eau parce qu’elles ne sont pas alimentées par le Rhône, par BRL ou par des puits de captage. » Il appelle à « amener de l’eau brute pour soutenir l’agriculture et rééquilibrer un territoire ». 

« Le prix de l’eau augmente moins vite quand il est géré par des privés » 

Estelle Brachlianoff a assuré que « les prix de l’eau augmentent deux fois plus vite au cours des dernières années en régie qu’en délégation de service public, d’après l’Observatoire de l’eau et de l’assainissement. Par exemple, la régie des eaux de la métropole d’Amiens a augmenté le prix de l’eau de 49 % entre 2018 (1,72 euros / m3) et 2023 (2,57 euros / m3) ». 
Elle relie innovation et pouvoir d’achat : « Quand on fait de l’innovation, c’est pour économiser de l’eau et faire en sorte qu’elle coûte le moins cher possible. C’est ça qu’apporte le secteur privé : cette efficacité. » Le tout, dans le respect d’un mandat politique. « Ce sont toujours les élus qui décident des projets, qui décident du prix, qui décident de la mise en place d’une tarification sociale. Les entreprises comme la nôtre opèrent en fonction d’un cahier des charges défini par des élus de la République. L’eau n’est jamais privatisée. Jamais ! » 

Veolia Estelle Brachlianoff 1 ©DR - Les indiscretions
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Sur le niveau de facture de l’eau, la dirigeante relativise. « L’eau en France, c’est moins de 1 % du budget des ménages. La plupart des gens ne connaissent pas le tarif de l’eau du robinet, qui est 1000 fois moins cher, en moyenne, qu’une bouteille d’eau achetée au supermarché. » Pour elle, le sujet principal tient à la « quantité et la qualité, ». Elle note une inflexion de la perception : « Le sujet du prix de l’eau est devenu bien moins important qu’il y a dix ou quinze ans. » 

Concernant la mécanique de la facture : « Le principe en France est que l’eau paye l’eau. La facture d’eau paye la production d’eau potable, la distribution, la boucle retour des eaux usées, l’entretien des ouvrages. » Elle mentionne « l’aménagement du bassin versant » via « les agences de l’eau » et « des taxes qui reviennent en théorie à l’eau. Mais là, je pense que j’ai perdu un peu la population… », sourit-elle. D’où un besoin de plus de lisibilité nécessaire pour que les populations comprennent mieux de quoi se compose une facture d’eau.Franck Proust articule coût et service : « Le partenariat avec Eau de Nîmes Métropole (ndlr : Société dédiée sur Nîmes Métropole exploitée par Veolia) nous permet d’allier expertise et exigence de qualité du service public au quotidien. » Il rappelle l’ampleur des actifs : « 1.700 km de canalisations surveillées et entretenues, 58 réservoirs et 28 captages dont la protection est une priorité. » Il cite des « investissements lourds : 130 M€ sur le mandat. Nous ne voulons pas subir l’avenir », mais anticiper avec « une alimentation en eau sécurisée par plusieurs sources pour les 45.000 habitants et le CHU de Nîmes ».

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Reute : « Quand on explique, ça ne pose pas de problème » 

Où en est l’objectif d’Emmanuel Macron, qui souhaitait passer, en mars 2023, de 1 % à 10 % de réutilisation d’eaux usées traitées à l’horizon 2030 ? « Ce plan avait de l’ambition. Est-ce qu’on est en route pour faire les 10 % en 2030 ? Ça me surprendrait, à moins d’un décollage. Mais ça démarre. On avait un projet, deux projets ; maintenant on en a 70 actifs ! »  

Bernard Angelras rappelle « le premier enjeu » des agriculteurs c’est l’acceptabilité des usages alternatifs. « Quand vous parlez de réutilisation des eaux usées, les gens commencent à dire : attention. » Il plaide pour « une communication conjointe » pour « faire accepter ce phénomène ». 
Estelle Brachlianoff souhaite une accélération des évolutions réglementaires : « Les décrets existent. Ça va dans le bon sens, mais pas assez vite. » Et appelle à « passer à l’action. On n’a pas les réponses à tout, mais on en a déjà beaucoup. »  
D’autant plus que les lignes bougent à l’étranger. « La France reste à 1 % environ de production d’eau réutilisée. C’est 15 % en Espagne, 85 % en Israël. Prenez Windhoek, en Namibie : quand vous ouvrez le robinet, c’est de l’eau 100 % réutilisée, recyclée. Plus près d’ici, à Barcelone, au milieu de l’été, un tiers de l’eau vient des rivières et barrages, un tiers du recyclage des eaux usées et un tiers d’une usine de dessalement. » En France, elle cite en modèle la Vendée, où « la réutilisation sert à alimenter un bassin juste avant l’usine de traitement d’eau pour produire de l’eau potable. » Son message de méthode : « Ça ne pose pas de problème quand on explique, et qu’on garantit les es contrôles sanitaires. » 

L’innovation permettant un usage frugal de l’eau concerne aussi les procédés industriels. « Il y a quelques années, pour produire un litre de soda, il fallait entre 6 et 8 litres d’eau. Maintenant, dans les meilleures usines, c’est 1,4 à 1,5 litre d’eau seulement. » 

L’enjeu de l’eau du Rhône 

Bernard Angelras pose l’enjeu d’accès à l’eau. « Des communes, dans le Gard, n’auront pas d’eau demain si elles ne sont pas alimentées par l’eau du Rhône, par BRL ou par des puits de captage suffisants. » Il propose « d’amener de l’eau brute jusqu’au début des communes » pour favoriser « l’installation des agriculteurs » et permettre « l’irrigation ». Il relie ces choix à « la souveraineté alimentaire. Sur nos cultures ici, notamment pour les besoins en eau de la vigne, on est à des mètres cubes tellement faibles que ça n’a pas d’incidence ; on n’est pas des arroseurs de maïs ! Les techniques ont évolué en matière d’irrigation, notamment le goutte-à-goutte. » 

Estelle Brachlianoff rejoint ce diagnostic d’efficacité : « Le goutte-à-goutte, c’est moins 70 % d’utilisation d’eau par rapport à l’aspersion. » Elle cite aussi un levier régional : « BRL (Région Occitanie), c’est un vrai atout pour le territoire. »  
L’objectif pour Franck Proust : « Protéger la population (lors d’inondations, ndlr), mais aussi conserver une part de cette eau. » 

Le dessalement d’eau de mer, « solution ultime » 

« Le dessalement est la solution ultime, quand on a fait tout le reste, projette Estelle Brachlianoff. Ce sont des solutions de moins en moins énergivores, étudiées par Veolia pour les agglomérations de Béziers Méditerranée (eau saumâtre) et Perpignan Méditerranée (eau de mer). » 

Polluants éternels : « des années de recherche » 

Face au défi posé par les polluants éternels (PFAS), il faut la force de frappe d’un géant mondial tel que Veolia. « Ce sont des années de recherche. On a appris aux États-Unis et en Australie. Les options de traitement diffèrent selon la concentration et le milieu : charbon actif, membranes, résines échangeuses d’ions, technologies d’oxydation… Veolia propose aussi des unités mobiles pour traiter sur place. L’idée est de traiter tout ce qui doit l’être, mais pas trop, pour ne pas coûter trop cher. » 

La pédagogie reste, selon elle, un préalable à la mise en œuvre des solutions. L’innovation, sert à traiter mieux en tenant compte de l’impact financier sur la facture : « pour que ça coûte le moins cher possible. »