Jean-François Boyer, JFB RSEvent : « L’événementiel devient de plus en plus immersif et émotionnel »
Un œil averti, dans un secteur en pleine mutation. Depuis 28 ans, le Montpelliérain Jean‑François Boyer est spécialiste de la conception-organisation événementiel et de l’animation. « Ce sont mes deux métiers », résume-t-il aux Indiscrétions, avec qui il collabore sur diverses missions d’animation, notamment auprès de la FRTP Occitanie.
Formé au BTS Action commerciale du lycée Sully à Marseille en 1986, puis titulaire d’un MBA de Montpellier Business School (2004), le Nîmois débute comme directeur commercial et administratif de la société Somopain à Montpellier (1986-1989), avant de diriger le relais CCI Gard de Bagnols-sur-Cèze (Gard rhodanien) de 1990 à 1995. De 1996 à 2003, il prend la direction de la communication de SupAgro-INRA à Montpellier (pour l’Occitanie Est), « un poste où j’ai appris la rigueur et la technique ». Avant de créer en 1998 son agence, aujourd’hui devenue JFB RSEvent. Laquelle dispose d’un nouveau site internet. Quelles valeurs l’animent ? Quels sont ses projets ? Comment durer dans un secteur qui souffre ? Entretien.

Jean-François, en matière d’événementiel, quelles sont les tendances concrètes ? Quelles demandes et attentes observes-tu aujourd’hui que tu ne voyais pas il y a cinq ans ?
Pour moi, l’événementiel, c’est avant tout la rencontre et l’émotion. Cela crée du lien, de la confiance, du souvenir et un sentiment d’appartenance entre les entreprises, les institutionnels et les collectivités. Depuis quelques années, le secteur connaît une mutation profonde. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’organiser un événement : il faut être créateur d’expérience, stratège en communication, producteur de contenus et intégrateur technologique.
L’événementiel devient de plus en plus immersif et émotionnel. Les participants veulent vivre une expérience, interagir, être surpris et repartir avec un souvenir marquant. Les formats classiques perdent du terrain au profit de dispositifs interactifs, d’animations scéniques et d’expériences qui mêlent présence humaine, écrans, contenus visuels et intelligence artificielle.
Les métiers évoluent rapidement et le contenu est désormais presque aussi important que l’événement lui-même. Un événement ne se limite plus à une soirée ou à une journée : il devient un média vivant qui se construit avant, pendant et après grâce au streaming, au replay, aux plateformes digitales et aux communautés en ligne.
Les événements hybrides sont désormais la norme. Le présentiel reste essentiel, mais il est complété par des interactions à distance, du streaming et des dispositifs numériques. Les entreprises veulent toucher un public plus large, réduire certains coûts, gagner en flexibilité et prolonger la durée de vie des contenus produits.
Autre évolution majeure : la RSE est devenue incontournable. C’est d’ailleurs pour cette raison que JFB Event est devenu JFB RSEvent. Les entreprises et les collectivités exigent aujourd’hui des événements responsables : circuits courts, réduction de l’empreinte carbone, diminution des déchets, dispositifs inclusifs et recours à des prestataires engagés dans la même démarche. Dans les appels d’offres, on retrouve désormais des indicateurs environnementaux, des engagements de sobriété et des critères sociaux très précis.
Au fond, le secteur devient plus intelligent, plus immersif, plus responsable et plus humain. Plus la technologie progresse, plus l’humain redevient stratégique. Les professionnels doivent aujourd’hui conjuguer émotion, technologie, communication, animation et stratégie.

En quoi le recours à un professionnel est-il indispensable pour la réussite d’un événement ?
Le professionnel est déterminant dans la conception et la réalisation d’un événement. Il apporte une vision stratégique, une méthodologie, une maîtrise technique et surtout une capacité d’anticipation qui ne se voit pas toujours de l’extérieur. Cela repose sur l’expérience et l’intuition acquises au fil des années.
Notre rôle consiste à transformer un objectif en expérience concrète. Derrière un événement, il y a toujours des objectifs précis : remercier des collaborateurs, valoriser une marque, fédérer des équipes, convaincre des partenaires, lancer un produit ou développer une image institutionnelle. Le professionnel traduit cela en scénario, en ambiance et en contenus adaptés.
Il maîtrise également l’organisation globale : logistique, technique, sécurité, accueil, gestion du timing, coordination des fournisseurs, communication, budget et réglementation. Ce qui paraît fluide le jour J est en réalité le résultat de dizaines de décisions prises en amont.
L’expérience permet aussi d’anticiper les imprévus, qui ne manquent pas dans le métier : météo défavorable, absence d’un intervenant à la dernière minute, problème technique, retard d’un prestataire, question de sécurité… Après 28 ans de métier, je sais aussi dire non à certaines demandes lorsqu’elles ne sont pas adaptées. Ou je réponds : « non, mais autrement ».
L’animation joue également un rôle essentiel. Le rythme et l’impact d’un événement dépendent beaucoup de la manière dont il est animé. Il ne faut plus être dans une conférence descendante où l’on déroule simplement un programme. L’animateur doit capter l’attention, donner de l’énergie, adapter le ton, reformuler les messages des partenaires, interagir avec le public et gérer les imprévus.
Nous apportons aussi des solutions techniques fiables grâce à un réseau de prestataires éprouvés. Je travaille depuis longtemps avec les mêmes fournisseurs, les mêmes régies, certains traiteurs ou certains lieux que je connais parfaitement. Cela permet de réduire les risques et de gagner du temps.
Enfin, j’aide aussi à maîtriser le budget en évitant les dépenses inutiles, les doublons ou les choix techniques inadaptés. Il intègre également toutes les nouvelles attentes du marché : RSE, numérique, IA, hybridation du présentiel et du distanciel, interactivité et enjeux d’image.
Au final, un événement réussi est un événement dont les participants se souviennent. Notre métier consiste à créer une émotion durable et à faire réussir le client. Et cette réussite se prépare longtemps à l’avance.
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Avec les réseaux sociaux, l’IA et l’automatisation, l’événementiel n’apporte-t-il pas justement ce « petit truc en plus » dans les relations d’affaires ?
Nous sommes aujourd’hui saturés de contenus numériques. Le « petit truc en plus », c’est justement le réel. Beaucoup de modes de communication sont devenus impersonnels et numériques, alors que l’événementiel permet de créer de la confiance, de l’expérience et de la présence humaine.
C’est souvent pendant les événements que se font réellement les affaires. Je me souviens qu’à mes débuts, lorsque je prospectais à Paris pour faire référencer un hôtel de Nîmes, mon patron de l’époque me disait : « Budget illimité pour les repas d’affaires, parce que les contrats se concluent autour d’un verre de vin et d’un bon restaurant ! » Cette phrase m’est restée.
Pendant le Covid, beaucoup annonçaient un changement définitif de modèle. Pourtant, nous sommes très vite revenus au réel, parce que les relations humaines restent essentielles.
Tu es actif depuis 28 ans. Quelle est ta propre valeur ajoutée ? Quel est le “style JFB” ?
Après 28 ans d’activité, nous approchons des 1.400 événements conçus, organisés ou animés. Depuis le début de l’année 2026, nous avons déjà rentré en commande 43 événements et une dizaine d’autres doivent encore s’ajouter.
Je n’aurais jamais imaginé durer aussi longtemps dans ce métier. Ma priorité a toujours été la réussite du client. Aujourd’hui, je cherche moins la visibilité personnelle qu’à une certaine époque. Ce qui compte pour moi, c’est la confiance durable, la fiabilité et la rigueur dans le temps.
Ma force repose aussi sur ma connaissance du territoire et des réseaux. Je travaille dans des univers très différents : santé, tourisme, sport, institutions, entreprises ou collectivités. Je me définis comme quelqu’un de « tout terrain ». Je travaille essentiellement en BtoB ; je n’ai organisé que trois mariages dans toute ma carrière ! (rires)
On me reconnaît aussi un vrai sens de la relation humaine : une approche simple, conviviale, accessible et toujours à l’écoute. À cela s’ajoute un goût prononcé pour l’oral et l’animation.
J’enseigne depuis 14 ans l’art oratoire et au média-training à l’Iscom Montpellier. La meilleure manière de se former reste de former les autres. Je travaille énormément les éléments de langage et les techniques de prise de parole. Et m’investis dans différentes activités en parallèle : Ligue contre le Cancer, association « Rêves Gard » (enfants malades), membre du Cercle Mozart Montpellier, Club de la Presse Montpellier Occitanie…
Enfin, j’accorde beaucoup d’importance à la transmission. Dans les événements que j’anime, notamment pour la Région Occitanie depuis près de vingt ans sur des manifestations comme les salons TAF ou le Salon de l’Agriculture, j’essaie toujours d’intégrer de jeunes professionnels afin de leur transmettre cette expérience.
> Vidéo de présentation du rapport d’activité de JFB RSEvent en cliquant là.