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4 mai 2026

Recrutements : la formule gagnante de France Travail en Occitanie (reportage)

France Travail a exposé le 21 avril dans les locaux de Symétrie (hexapodes de haute précision, Bouillargues) les besoins en main-d’œuvre de la région. Sa directrice régionale, Karine Meininger, entend accélérer le soutien aux enjeux de recrutements dans l’industrie et la Défense nationale. Reportage, avec témoignages d’entreprises et de l’Armée à la clé.

Le lieu choisi par France Travail Occitanie pour présenter les besoins en main-d’œuvre 2026 est révélateur d’une ambition. Celle d’accentuer les efforts en matière d’emploi vers deux filières stratégiques, la Défense et l’industrie. L’événement, réunissant entreprises gardoises, syndicats patronaux et préfet du Gard, s’est d’ailleurs déroulé dans les nouveaux locaux de Symétrie (à Bouillargues, à côté de Nîmes), une entreprise technologique présente à l’export, et spécialisée dans les hexapodes de haute précision.

France Travail
En pleine croissance, Symétrie, qui fête ses 25 ans, a confié au cabinet toulousain Seuil Architecture la conception de son bâtiment – recours au matériau bois, une grande luminosité, une salle de sport intégrée… ©Hubert Vialatte (Les Indiscrétions)

« Le défi est de trouver la main-d’œuvre nécessaire pour soutenir la souveraineté industrielle et de défense, explique Karine Meininger, directrice régionale de France Travail Occitanie, aux côtés du préfet du Gard, Jérôme Bonet. Il faut connecter les talents aux besoins des entreprises. Pour y parvenir, nous changeons d’échelle, en ne faisant pas qu’accompagner les recrutements mais en identifiant aussi les opportunités économiques, pour les transformer en réussites. Dans ce cadre, l’enquête annuelle des besoins en main-d’œuvre sert à mieux anticiper les attentes du terrain. » Approche innovante : France Travail privilégie une approche sectorielle, avec 11 filières prioritaires identifiées, à savoir santé/social/services à la personne, BTP, hôtellerie-restauration, commerce-distribution, industrie, transport/logistique, agriculture, numérique, énergies, emploi public, nucléaire.
Interrogée sur le taux de chômage, plus élevé dans le Gard (plus de 10 %) que la moyenne nationale, Karine Meininger fait valoir que son indicateur « n’est pas le taux de chômage, mais le taux d’emploi. »

Quatre recrutements sur dix « jugés difficiles ». En 2026, France Travail anticipe 200.470 recrutements (9 % des projets de recrutements nationaux), 23 % des patrons interrogés envisageant d’embaucher. La Haute-Garonne et l’Hérault, où se trouvent les deux métropoles de la région, Toulouse et Montpellier, concentrent 42 % des projets de recrutements en Occitanie. Les volumes de recrutement sont importants à Toulouse (21 % des 200.470 projets de recrutements en Occitanie) et Montpellier (10 %), suivis par Perpignan (7 %) et Nîmes (5 %).
À l’inverse, les volumes de recrutements sont particulièrement faibles dans les bassins d’emploi de Lavelanet, Saint-Girons, Le Vigan-Ganges et Figeac (entre 0,3 % et 0,7 %). À noter que presque la moitié des intentions d’embauche concerne des établissements de moins de dix salariés.
Les services aux particuliers et aux entreprises sont les premiers recruteurs en Occitanie, avec près de 100.000 intentions d’embauches dans ce secteur (agents d’entretien, aides à domicile, auxiliaires de vie, aides-soignants, aides de cuisine, infirmiers, sages femmes…), loin devant l’industrie (9.280).

81.920 embauches saisonnières prévues. 5e région la plus saisonnière de France, le marché de l’emploi en Occitanie se caractérise par l’importance des recrutements saisonniers, avec un potentiel de 81.920 embauches, soit 41 % des recrutements, contre 32 % en France.

Moins de difficultés à recruter. « Les difficultés de recrutement sont en baisse pour la 3e année consécutive, se félicite Karine Meininger. Cette année, c’est 6 points de moins qu’en 2025. » Le Gard enregistre une baisse de 12 % des difficultés de recrutements, soit la plus forte baisse de la région. « C’est le résultat de plusieurs facteurs, observe Valérie Issert (France Travail Gard). Les méthodes de recrutements par simulation, préparations opérationnelles à l’emplois et immersions en entreprises donnent de vrais résultats, et impactent positivement le marché du travail. »

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L’Occitanie, troisième base industrielle et technologique de défense à l’échelle nationale, compte 430 entreprises et 21.000 emplois dans ce secteur. « Augmenter la capacité de production dans la région est un enjeu stratégique », affirme Karine Meininger. Parmi les outils déployés par France Travail : méthode de recrutement par simulation (MRS), formation des demandeurs d’emploi par la préparation opérationnelle à l’emploi (POE), stage en immersion, connexion avec les réseaux dédiés (Opco, réseaux patronaux, Missions locales…). « À travers le POE, l’entreprise parie sur la personne, à travers un CDD ou un CDI. C’est de l’argent public investi pour former une personne adaptée à un poste. Il ne faut pas se tromper, admet Karine Meininger.Le savoir-être est important, d’où des périodes d’immersion pouvant aller jusqu’à un mois. » Parmi les tendances fortes, la mutualisation RH, « en mixant deux emplois pour en faire un à part entière. Un travail est mené en ce sens avec le CRGE (centre de ressources des groupements d’employeurs) Occitanie ».

« Obtenir des licences qui qualifient ce type de mécanicien prend du temps, environ cinq ans », indique-t-elle, ajoutant : « On n’est pas sur un bassin d’emploi très adapté. Avec France Travail, via le dispositif de POE, des formations aux compétences métiers spécifiques sont montées : ajusteurs, câbleurs, mécaniciens… » Cette année, elle a par exemple « qualifié en câbleur un ancien boucher ».

France Travail
©DR

De son côté, l’Armée « recrute des jeunes de 18 à 25 ans non qualifiés ou diplômés sur 120 métiers différents : cyber combattants, métiers de bouche, logistique, recherche… Mais on va chercher les compétences « à la petite cuillère », alors que la courbe démographique diminue », explique Steve Carleton, général commandant la 6e brigade légère blindée et commandant de la base de défense de Nîmes-Laudun-Larzac. « Il y a des tensions sur les postes de responsable systèmes d’information, commandement, géographe ou technicien de maintenance », souligne-t-il. L’Armée est le « premier recruteur national avec 25.000 recrutements par an, dont 16.000 pour l’Armée de Terre ». Mais elle est aussi un pourvoyeur de compétences pour les entreprises. « Nous avons un impératif de jeunesse. Se pose l’enjeu, pour les militaires, de reconversion vers la vie civile. Nos soldats ont des qualités recherchées : engagement, disponibilité, ponctualité, gestion d’équipe, logistique, savoir-être… Autant de compétences qui peuvent être précieuses pour les entreprises », analyse Steve Carleton. Une convention entre l’Armée de Terre et France Travail a été signée en octobre dernier. Ce partenariat permet « de partager des profils et d’augmenter l’assise de recrutement potentiel pour le monde civil et les entreprises ».

Unac : « Les services de France Travail sont bénéfiques pour nos recrutements ». L’entreprise gardoise Unac, constructeur d’engins mobiles dans le domaine ferroviaire, militaire et forestier (véhicules de 500 kilos à 40 tonnes), a recours aux services de France Travail – MRS, immersion quelques jours, et POE. « C’est bénéfique pour nous, par exemple sur des postes de monteur-assembleur, recrutés grâce aux méthodes de France Travail », confie Enzo Carrillo, responsable RH. L’entreprise puise, pour ses recrutements, « dans un vivier d’anciens militaires », et se rend sur des salons comme, prochainement, à Eurosatory (15-19 juin) à Paris-Nord Villepinte (salon européen de la Défense). Les projets sont tournés vers l’export et la robotique, « de plus en plus présente dans les appels d’offres de la Direction Générale de l’Armement et de l’Armée ».
Interrogé par Les Indiscrétions, Jérôme Bonet se veut enfin rassurant sur la filière nucléaire dans le Gard rhodanien. « Il y a une part d’incertitude, du fait de la PPE 3. Mais le Gard rhodanien a un potentiel assez incroyable », glisse-t-il (à lire en « À l’affiche »).