PLF 2027 : les maires et les travaux publics de l’Hérault font front commun

19 octobre 2026

Ce 13 octobre au siège l’AMF 34 (Montpellier), Frédéric Roig, président de l’association des maires de l’Hérault et président de la communauté de communes Lodévois-Larzac, et Olivier Giorgiucci, président délégué de la FRTP Occitanie, sonnent l’alarme sur le projet de loi de Finances 2027, et son impact sur la capacité d’action financière des mairies et intercommunalités. Les Indiscrétions ont assisté aux échanges. 

Olivier Giorgiucci et Frédéric Roig ©Hubert Vialatte (Les Indiscrétions)
Olivier Giorgiucci et Frédéric Roig ©Hubert Vialatte (Les Indiscrétions)

Plusieurs milliards en moins dans le PLF 2027. Le taux de remboursement de la TVA passerait de 16,404 % à 11,404 %, soit 2,1 Md€ à prévoir en moins sur le fonds de compensation de la TVA, qui prévoit par ailleurs de rembourser la TVA aux communes en décalé. En plus, 2,5 Md€ d’effort sont demandés aux collectivités. Le Fonds vert, déjà réduit de moitié, n’est plus qu’à 1 Md€, « alors qu’on a la volonté de réduire l’impact environnemental dans les communes, déplore Frédéric Roig. Les plans pluriannuels d’investissement vont être revus ».

infographie investissement local vertical 2 - Les indiscretions

Le poids du point d’indice sur les investissements du bloc communal. Dans le Lodévois et Larzac, Frédéric Roig prévoit 80 M€ sur dix ans pour les réseaux d’eau, mais avec le point d’indice, le coût de fonctionnement de l’intercommunalité augmente de 240 000 € par an, mécaniquement. « Le mot d’ordre aux services, c’est de concentrer sur l’indispensable. »

De fortes baisses d’activité à prévoir. La profession prévoit une baisse d’activité de 8 % en volume sur l’ensemble de 2026, puis de 7 % en 2027 ; l’investissement des collectivités pourrait reculer de 12 % en 2027. Les effectifs ouvriers diminuent déjà de 3 % sur les trois derniers mois par rapport à 2025, et plusieurs entreprises de l’Hérault recourent à l’activité partielle.

« Pas de bras, pas de chocolat ». Depuis la suppression des impôts locaux remplacés par des dotations, les communes n’ont plus de prise. « Ce n’est pas une forme de tutelle, mais c’est “pas de bras, pas de chocolat”. Chaque année, les règles changent. »
Leur capacité d’investissement est passée de 13,6 % en 2019 à 6,6 % en 2025 (source : Observatoire des finances et de la gestion publique, chiffres nationaux).

infographie tresorerie collectivites vertical - Les indiscretions

1500 heures d’activité partielle en 6 mois chez Eiffage Route. « La dernière fois que nous avons eu autant d’activité partielle, c’était en 2014 », alerte Olivier Giorgiucci. Un dénominateur commun entre aujourd’hui et cette époque : « une baisse des dotations de l’État vis-à-vis des collectivités », précise-t-il.

700 M€ de commande de TP en 2025 dans l’Hérault. En 2025, la commande de TP dans l’Hérault représentait 700 M€ (500 M€ des intercommunalités, 200 M€ des communes). « 1 M€ de travaux, ça représente 6 à 8 emplois permanents », soulignent-ils.

Chute de 25 % des appels d’offre et des carnets de commande. « Déjà en juillet, le FRTP constatait une baisse de l’ordre de 25 % des appels d’offres et du carnet de commandes », souligne Olivier Giorgiucci.

Trois secteurs sont à l’arrêt : l’intérim, les locatiers (location d’engins avec chauffeurs) et les sous-traitants. « Les entreprises font d’abord tourner leur propre équipe, c’est un signe de contraction », souligne Olivier Giorgiucci. Certaines entreprises sont d’ores et déjà en activité partielle, avec des salariés payés à 70 %. 

Plusieurs centaines d’emplois menacés dans l’Hérault. Le secteur des travaux publics pèse 6.000 emplois dans l’Hérault, dont 80 % du chiffre d’affaires dépend des collectivités. « Des entreprises vont disparaître sans bruit, avec quelques centaines d’emplois. Je comprends que médiatiquement, cela fasse moins parler d’une usine de 300 salariés qui ferme d’un coup, mais au final, la réalité est la même », souffle Olivier Giorgiucci. En Occitanie, les TP pèsent 30.000 salariés et 3.000 entreprises. 

Le COM (contournement ouest de Montpellier, lancement des travaux prévu en 2028) et la LNMP (ligne nouvelle Montpellier-Perpignan, lancement des travaux prévu en 2029 pour la phase Montpellier-Béziers) peuvent-ils soulager les entreprises des TP ? À cette question des Indiscrétions, Olivier Giorgiucci répond que ces projets « ne nourriront pas l’ensemble des professions du département », même s’ils constitueront « une bouffée d’air ». « Il n’y aura qu’un ou deux lauréats. À côté de cela, mon message aux donneurs d’ordres publics reste le même : il faut maintenir l’entretien ! »

Trop de recrutements dans les collectivités ? À cette question des Indiscrétions, Frédéric Roig rétorque : « On n’a pas superposé les gens. Il y a eu des recrutements, mais l’État a aussi dégraissé de ses missions et compétences. J’ai rarement vu des collectivités recruter pour ne rien faire ! »

Un arrêt complet de l’entretien jugé dangereux. « Ce qui fait mal, c’est l’arrêt complet de l’entretien : des réseaux, de la voirie, des ponts, depuis fin 2025, déplore le président délégué de la FRTP Occitanie. Tout patrimoine non-entretenu aujourd’hui coûtera bien plus cher demain. »

Excès de normes. « Pour un projet simple, il fallait 6 mois il y a 10 ans. Maintenant, il faut 2 ou 3 ans », souligne Frédéric Roig. Et d’ajouter, en riant jaune : « On fait des études pour vérifier s’il y a des férules dans des bois de charpente qui ont 100 ans. Je préfèrerais investir cet argent ailleurs que dans des études ! »

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