Samedi matin, à la terrasse d’un café, ordinateur ouvert devant moi, en train de lire et travailler, entre ombre et soleil. Un va-et-vient choisi entre revue de presse, traitement de mails et rédactions d’articles. Ce rythme de valse est aussi un brin de répit après les vagues, parfois subies, de la semaine.
Visiblement intrigué par ma concentration, alors que mes voisins de table conversent et rient joyeusement, un homme, d’environ 40 ans, s’approche et me glisse : « Vous faites quoi, comme métier ? » Après lui avoir répondu brièvement ce que vous savez, je rebondis aussitôt : « Et vous, que faites-vous dans la vie ? » Il me raconte alors son quotidien d’intérimaire dans la grande distribution, l’évolution accélérée du métier sur fond de digitalisation, les fins de mois difficiles, les prix du carburant, la difficulté à être titularisé à son poste, mais une forme de résilience dans la galère. Le fait qu’on s’intéresse à lui, par une simple question, lui redonne une bouffée d’énergie. J’aurais pu au demeurant creuser et questionner davantage, si nous avions eu le temps. Mais la discussion doit s’arrêter là, car « ma mère m’attend dans la voiture », s’excuse-t-il.
C’est sûrement la plus grande des qualités humaines que 25 ans de journalisme m’ont permis de développer : sortir très vite de soi-même, apprendre à écouter vraiment les autres – un art complexe, requérant une grande rigueur. Retenir les messages phares. Aider les interlocuteurs à reformuler leurs pensées, si besoin. Poser les bonnes questions au bon moment, sans couper la parole quand l’essentiel est sur le point d’être dit. En clair : il suffit de poser des questions.