Hellocom imprime une nouvelle trajectoire
Après 12 ans comme directeur de la stratégie monde chez Dell – « une très belle entreprise, qui a gardé un côté créatif et startup, et permet de tester des choses » -, et trois ans de phase de transition, Laurent Lallouette a repris fin avril Hellocom, imprimerie à taille humaine, installée à Lattes, aux portes de Montpellier. Son ambition : préserver le savoir-faire de l’entreprise « tout en accélérant sa transformation : digitalisation des processus, développement de nouveaux marchés, collaborations artistiques », égrène-t-il auprès des Indiscrétions. Nous avions révélé l’info le 26 mai (à lire ici), et rentrons dans les coulisses de cette reprise d’entreprise.

« Je voulais fabriquer quelque chose »
L’envie d’entreprendre mûrit depuis plusieurs années chez Laurent Lallouette. « Avoir mon propre business est une volonté personnelle. Je veux maîtriser le cap. C’est chose impossible dans une grande entreprise, même à un poste important, car la dimension politique prime. Ce n’est pas le cas dans une PME », confie-t-il. Après son départ de Dell en 2023, Laurent Lallouette reprend avec son épouse un restaurant à Aigues-Mortes (30), qu’elle dirige aujourd’hui, après un gros travail réalisé « sur l’opérationnel, l’optimisation, le positionnement ». En parallèle, l’entrepreneur a lancé une activité de négoce de vins. Ces expériences traduisent déjà sa manière de concevoir l’entreprise : « J’aime travailler en écosystème », résume-t-il.
Son objectif reste la reprise d’une entreprise industrielle. Après six mois de recherches, il identifie Hellocom, par le biais de son expert-comptable. « C’est une entreprise assez grosse pour être transformable, dotée de moyens, d’un outil de travail et de compétences, et active dans la fabrication. Ce sont là des critères importants : je ne suis pas parti de Dell pour refaire de l’informatique ou du conseil », sourit-il. L’outil de production, les compétences des équipes et le potentiel de développement de Hellocom le convainquent immédiatement.
Montage financier et accompagnement du vendeur
La transmission est préparée avec Boris Vendran, ex-dirigeant de Hellocom, aujourd’hui repreneur, aux côtés de Guillaume Bertel, du château Grès Saint-Paul à Lunel (34, Les Indiscrétions du 26 mai, à croquer ici).
Le financement est assuré via un LBO, accompagné par la Caisse d’Épargne Languedoc-Roussillon et le dispositif régional Foster, qui garantit 80 % du prêt. Mais les deux dirigeants insistent surtout sur la qualité de leur relation. « Avec Boris, on a eu des atomes crochus. Il est certes plus exubérant que moi (rire), mais toujours bienveillant. Nous n’avons pas le même style de management, mais nous avons les mêmes idées pour l’avenir de Hellocom ; Ce n’était pas un acheteur d’un côté et un vendeur de l’autre ; on l’a fait ensemble. C’était important. L’investissement est important pour moi, et je ne voulais pas me tromper. Je suis convaincu que l’entreprise jouit d’une bonne reconnaissance », souligne Laurent Lallouette. Boris Vendran accompagne son successeur pendant six mois afin d’assurer une transition progressive.
« Pas tout casser pour reconstruire derrière la même chose »

Au moment de la reprise, Laurent Lallouette a reçu individuellement chacun des salariés. « L’idée a été de se présenter, de présenter les objectifs, la structuration, les délais. Ils m’ont fait remonter leurs souhaits et leurs idées. Nous sommes en bonne intelligence. Je ne veux pas tout casser pour reconstruire quelque chose de sensiblement pareil – choses que j’ai vues dans le passé par ailleurs. L’idée est plutôt de construire par-dessus. » Il entend faire parler son expertise « en matière de structuration, de développement, de marketing et de stratégie d’entreprise. Les salariés, eux, détiennent l’expérience sur l’imprimerie ».
Enseignes, papier peint, menus, films solaires…
Cartes de visite, flyers, enseignes, papier peint, menus de restaurants, films solaires sur les fenêtres, vitrophanies, signalétique sur papier, aluminium ou dibon : Hellocom couvre un large éventail de réalisations. Parmi ses références figurent Appart’City, TaM ou encore la vitrophanie géante représentant Mario, haute de douze mètres, installée sur l’ascenseur d’Odysseum.
« Notre différenciation, c’est le conseil et le sur-mesure. On fait tout sur mesure. » Le choix des supports, des matériaux ou des techniques « dépend des contraintes et des usages de chaque client ».
Automatisation
Le nouveau dirigeant ne souhaite pas transformer le métier, mais l’organisation. Digitalisation des processus, automatisation des bons à tirer, structuration commerciale et marketing figurent parmi ses premiers chantiers.
Il entend également renforcer quatre marchés prioritaires : les cafés-hôtels-restaurants (signalétiques, brochures…), les grandes collectivités « pour participer au développement local », les grands comptes et les agences (standistes, communication, événements…).
« Les salariés doivent pouvoir se réaliser »
Pour Laurent Lallouette, la transformation passe autant par les compétences humaines que par les outils. Comme manager, « je favorise beaucoup la prise d’initiative. Je ne suis pas autocrate. Les gens doivent pouvoir se réaliser pour que tout le monde tire dans la même direction. »
Ce jeune quadragénaire, qui a sillonné le monde lorsqu’il était chez Dell, revendique une culture de la confiance héritée de cette expérience chez le géant informatique américain. « Je ne suis pas contrôleur. J’ai confiance, et quand la confiance est rompue, c’est fini. Pouvoir tester et faire des choses est essentiel. » Cette philosophie doit accompagner la montée en puissance de l’entreprise sans remettre en cause son ADN.
J’en apprends plus ici
Travail en écosystème
Hellocom développe déjà des collaborations avec une vingtaine d’artistes, dont Benob, dont les œuvres sont reproduites en différents formats – le tout disponible sur www.fframe.fr . L’entreprise s’est également spécialisée sur le marché du mariage avec une offre commercialisée sur Etsy.
Par ailleurs, dans les 1.200 m² de locaux occupés à Lattes, Laurent Lallouette projette l’aménagement d’un coworking, réunissant graphistes, communicants, artistes, spécialistes de la PAO et de l’impression. L’objectif est « de faire émerger de nouveaux projets en réunissant, sur un même site, des compétences complémentaires ».
Homme de réseaux, Laurent Lallouette est adhérent du Medef Hérault Montpellier et du Cercle Mozart. « Ce sont des lieux d’inspiration, de réflexion collective, de connexions, d’ouverture d’esprit », décrit-il.
Doubler le chiffre d’affaires en trois ans
Hellocom réalise aujourd’hui environ 1,5 M€ de chiffre d’affaires avec une dizaine de collaborateurs, et des partenaires spécialisés. L’objectif est de doubler l’activité d’ici trois ans. « Je veux asseoir la présence de Hellocom sur la partie fabrication. Je ne veux pas rester régional », explique Laurent Lallouette.
Dans un marché marqué par le ralentissement de la promotion immobilière, qui constitue un débouché important pour les activités de signalétique et d’enseignes, le dirigeant entend poursuivre ses investissements dans la digitalisation, l’automatisation des processus, le développement commercial et de nouveaux équipements. « Le contexte est difficile, mais c’est souvent dans ces périodes que l’on construit les meilleures entreprises. Les crises créent aussi des opportunités », pense-t-il.
« Le développement exogène pour tirer vers le haut »
S’il se félicite de l’offre culturelle dynamique dans la métropole de Montpellier, et d’un riche écosystème de startups dans les secteurs de l’innovation et de la santé, il regrette « le manque de grosses entreprises. Certes, on peut compter sur des Septeo, Innovie, Dell, Horiba, Bausch&Lomb… Mais cela ne pèse pas le même poids que des Safran ou Airbus à Toulouse ». Il suggère « un foncier économique plus abondant, des avantages pour les entreprises… C’est par le développement exogène que le tissu économique local sera tiré vers le haut ».
Parmi d’autres pistes d’amélioration, en termes d’attractivité, Laurent lallouette propose « une meilleure offre de transport connectant la métropole et le littoral – par exemple pour pallier les problèmes de recrutements, car les saisonniers ne peuvent pas se loger sur le littoral, l’été ».