CEMD 01/12/2025

1 décembre 2025
titre CEMD 1 dec 2025 - Les indiscretions

Le pari a devancé les mutations profondes induites par le Covid, les enjeux climatiques et technologiques, le retour de la guerre sur la scène internationale et l’instabilité intérieure. Lancée en 2020 par Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, pour décrypter et anticiper ensemble les métiers de demain, la Cité de l’Économie et des Métiers de Demain (CEMD) a depuis élargi son spectre, s’appropriant des thèmes sociétaux comme le futur du travail, la transformation des entreprises et l’impact de l’IA.  
Ce, en mêlant entrepreneurs, philosophes, monde politique, académiques, jeunesses… Ce qui fait assurément de la CEMD un objet unique au niveau national. Une trajectoire célébrée ce 4 décembre à partir de 18h à la CEMD (quartier Odysseum, Montpellier), lors de la Longue-Vue « Créer des ponts entre les mondes : la présidente et la philosophe », (inscriptions en cliquant ici) à l’occasion d’un échange entre Carole Delga, à l’origine de la CEMD, Gabrielle Halpern, philosophe en résidence et qui vient de publier l’essai « Et si le rural inspirait l’urbain ? Pour une nouvelle approche du développement territorial » (Fondation Jean Jaurès).  

Carole Delga et Gabrielle Halpen
Carole Delga (à gauche sur la photo) et Gabrielle Halpern vont intervenir lors de la longue-vue organisée par la CEMD le 4 décembre. ©DR

Bref retour en arrière. En 2020, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, inaugure ce lieu inédit en France. Cinq ans plus tard, cette structure, au fonctionnement de startup, a su s’imposer sur la scène nationale comme un laboratoire d’idées, un espace d’expérimentations et un outil d’influence territoriale. Un lieu où l’on pense, où l’on teste, où l’on débat. Comme une respiration salutaire, à l’heure où lever le nez du guidon est devenu une nécessité impérieuse, pour y voir clair dans un environnement mouvant.  

Longue-Vue : « Créer des ponts entre les mondes : la présidente & la philosophe », le 4 décembre à partir de 18h la CEMD (quartier Odysseum), inscriptions en cliquant ici.

L’anticipation est devenue une nécessité

Avec 18.000 visiteurs accueillis300 événements50 partenaires, huit Cahiers d’inspiration diffusés à plus de 20.000 exemplaireset130 participants aux programmes d’expérimentation issus de 23 entreprises, la CEMD façonne activement le paysage de la prospective économique et sociétale régionale. 
Sur le même sujet : « Avec le service utopiste, l’Occitanie dessine son futur », Les Indiscrétions du 27 octobre, en cliquant ici 

Les 100 lycéens issus de 7 lycées agricoles de toute l’Occitanie embarqués dans les programmes et jeunesse témoignent de cette volonté d’irriguer l’ensemble du territoire. Le rôle de la CEMD dépasse largement Montpellier. La Master Class Futur du Travail, les expérimentations « IA : on accélère ! », les ateliers menés auprès d’entreprises industrielles, culturelles ou agricoles, les parcours dédiés aux lycées agricoles…, sont autant de preuves d’un rayonnement à l’échelle de l’Occitanie.

Carole Delga, qui souhaite poser un socle idéologique à son action, a fait de ce lieu un instrument politique assumé. On n’est pas ici dans un think-tank parisien, mais dans une fabrique territoriale, ancrée, ouverte, nourrie par des chefs d’entreprise, des agriculteurs, des philosophes, des étudiants.  

« Nous avons évolué au rythme des mutations du monde » 

Parmi celles qui ont accompagné cette montée en puissance, aux côtés des directrices successives Virginie Bruguès, Raphaëlle Lamoureux et, depuis début 2023, Laetitia Montanier, Alexandra Bouyer, spécialiste en gestion de projets innovants, fait partie de l’aventure depuis le début. Alors qu’elle s’apprête à quitter ses fonctions mi-décembre pour se lancer dans l’entrepreneuriat, elle confie aux Indiscrétions un regard rétrospectif éclairant.  

« La CEMD a d’abord été perçue comme un lieu tourné vers la formation et les métiers de demain. Puis, très vite, la question de l’innovation s’est imposée, témoigne-t-elle. Le besoin est devenu plus sociétal que strictement économique : on ne pouvait plus parler d’innovation sans parler des mutations du travail, de transformation des organisation, d’impact de l’IA sur le management…» 

La CEMD a su orchestrer des grandes conférences, des rencontres avec des penseurs, entrepreneurs, lanceurs d’alerte…, d’envergure internationale. On peut citer, entre autres, les interventions du conseiller de Barack Obama, de Luc Julia (informaticien, spécialiste de l’IA), de la politologue Asma Mhalla (Les Indiscrétions du 3 mars 2025, en cliquant ici), ou encore d’Étienne Klein (physicien et philosophe). Autant de moments-phares qui marquent la jeune histoire de la Cité. « Ce que les intervenants viennent chercher ici, c’est une parole libre, une vraie proximité », observe-t-elle.  

Entre programme Jeunesse (65 lycéens accueillis cette année), programmes d’expérimentation auprès des entreprises, ateliers et cahiers d’inspiration, la CEMD donne une nouvelle dimension à la discipline prospective.  

« Si on ne comprend pas les enjeux, on va se prendre une claque ! » 

Auprès des entreprises, percutées par des crises à répétition, l’approche fait mouche. La CEMD privilégie les démarches au long cours, sur deux années. « Un an, c’est trop court. Nous avons appris à expérimenter sur deux ans, pour accompagner vraiment. Ceux qui ne comprennent pas les enjeux en cours vont se prendre une claque monumentale ! Tout va tellement vite… », insiste Alexandra Bouyer. 
Les entreprises qui participent aux programmes « ne viennent pas chercher un discours technophile, mais un espace pour réfléchir, tester, confronter », complète-t-elle. L’expérimentation « IA : on accélère ! » en est la preuve vivante : diagnostic des métiers, ateliers de co-design, missions pluridisciplinaires, réflexion sur la souveraineté de la donnée, exploration des futurs du travail… Des enjeux d’une actualité criante. « Tout va tellement vite. Ce que l’IA fait mieux que nous doit nous inciter à nous emparer encore plus fortement de ces enjeux de futur du travail. Ici, l’information est gratuite, inédite, inspirante, utile, ouverte à tous. Certes, l’objet a un côté insaisissable, mais c’est dommage que la couverture médiatique ne soit pas toujours à la hauteur des enjeux », pointe Alexandra Bouyer.  

J’en apprends plus ici

Feuille de route 2026-2028 en cours de finalisation 

À partir de mi-décembre, Cécile Barral prend son relais, toujours sous la direction de Laetitia Montanier. Nommée coordinatrice de la programmation et de la valorisation, Cécile Barral, ex-membre du cabinet de Carole Delga, rejoint la dynamique.  
Pourquoi embarquer dans ce vaisseau de 3.000 m2 ? « La Cité de l’Economie et des métiers de Demain est un formidable laboratoire de réflexion, d’identification de tendances émergentes, de création de liens avec des acteurs économiques, répond-elle. Tous les jours, de nouveaux publics entrent : des chefs d’entreprise, des lycéens, des chercheurs… Cela ouvre l’esprit et donne des idées. La CEMD offre des clés pour tester des choses innovantes, par exemple sortir des organigrammes cloisonnés, aller vers des modèles plus horizontaux. » 
La feuille de route 2026-2028 de la CEMD, en cours d’écriture, visera un renforcement des enjeux sociétaux, en appuyant le lien entre entreprises et citoyens. Avec toujours le même cap : faire remonter des pratiques et pensées positives.  

Ce 4 décembre, échange ouvert entre la philosophe et l’élue

Lieu d’hybridation, la CEMD abrite des espaces de créativité et de co-design, deux grands espaces événementiels, des programmes structurés autour de la prospective, du design et de l’expérimentation. 

De quoi attirer la philosophe Gabrielle Halpern, grande théoricienne de l’hybridation, et qui a travaillé à la CEMD sur le lien entre ruralité et urbanité. «Le lien intergénérationnel, les tiers-lieux ruraux où se mêlent bars, bibliothèques et accueil de personnes âgées, les valeurs d’entraide et de solidarité… Ces forces typiquement rurales doivent inspirer les modèles urbains », souligne Cécile Barral.  

Cette approche de Gabrielle Halpern rejoint la vision politique portée par Carole Delga, originaire elle-même du monde rural – Martres-Tolosane dans le Comminges. « Carole Delga refuse l’opposition entre villes et campagnes, et souhaite valoriser la richesse des territoires », ajoute Cécile Barral. L’échange entre Gabrielle Halpern et Carole Delga, ce 4 décembre à partir de 18h, abordera entre autres cette richesse intrinsèque du monde rural.  
Un échange original, entre élue et philosophe de terrain, autour d’une question centrale, à la veille de scrutins électoraux majeurs : comment tracer une voie d’espoir politique, construire un projet de société, en réunissant des mondes qui ne se parlent plus assez ? « Oui, c’est en décalage avec la brutalité actuelle du monde. Mais il faut justement rééquilibrer le débat ! », conclut Alexandra Bouyer.  

« Et si le rural inspirait l’urbain ? Pour une nouvelle approche du développement territorial », Gabrielle Halpern, publiée par la Fondation Jean Jaurèsen cliquant ici