L’envie d’entreprendre, toujours là !

19 mai 2025
Augustin Valero
Augustin Valero, directeur associé de Florian Mantione Institut RH ©DR

Réglementations contraignantes, normes excessives, croissance au ralenti, flambée des redressements et liquidations, manque de visibilité, instabilité politique précipitée par la dissolution de l’Assemblée nationale de l’été dernier… Faut-il être inconscient pour entreprendre aujourd’hui en France et en Occitanie ?

Malgré les difficultés, l’envie d’entreprendre subsiste. Entreprendre reste une question de motivation, correspondant à un profil psychologique particulier. La première motivation d’un dirigeant, c’est l’indépendance. Il souhaite relever un challenge, construire autour de sa propre activité. Cette soif d’indépendance – financière, managériale – reste centrale. À coup sûr, ces personnes ne sont pas faites pour être managées, tout au moins à ce moment-là de leur vie. Ils recherchent l’autonomie. Ne comptent pas leur temps. Ils donnent de leur personne, et s’endettent parfois à titre personnel.

En toile de fond, se glisse un désir de reconnaissance sociale et économique. Car le dirigeant d’entreprise véhicule un savoir-faire, au-delà de sa propre personne. 

Propulsée par ces moteurs, l’envie d’entreprendre demeure hermétique aux tempêtes et vents contraires. Et c’est tant mieux ! Car l’entrepreneuriat doit continuer à dynamiser l’économie. Il faut garder confiance. Pour aider cette dynamique, des investisseurs resteront à l’affût des opportunités, quelle que soit la conjoncture, politique ou économique.

Attention, néanmoins, aux mirages des microentreprises. Les chiffres sur les créations d’entreprises peuvent être trompeurs. Je distingue l’entrepreneur, qui a au moins un salarié, de la microentreprise. Le patron de TPE, même très petite, s’inscrit dans une logique managériale, avec une responsabilité d’encadrement.

Durabilité ou gains immédiats Plusieurs profils d’entrepreneurs se dessinent. Celui ou celle qui hérite d’une entreprise familiale va souhaiter faire aussi bien, voire mieux, que ses ascendants. Il a aussi le souci de transmettre à sa descendance. Sa vision s’inscrit sur le long terme. Il ne recherche pas un gain immédiat, et veut durer dans le temps. Le risque est moindre… le gain aussi. 
L’entreprise familiale incarne ce modèle long terme. Elle repose sur une transmission intra-familiale. En Occitanie Est, prenons l’exemple d’Orchestra (prêt-à-porter pour enfants et articles de puériculture), avec le couple fondateur, Chantal et Pierre Mestre, resté à la barre malgré les difficultés rencontrées en 2019 et 2020. Le groupe Nicollin (déchets, propreté urbaine et environnement) présente également une dimension familiale, avec la transmission opérée par Louis Nicollin à ses fils, Olivier et Laurent. Au sein du groupe Socri (immobilier commercial), la transmission s’est opérée entre Célia Chambon, présidente d’Elancia (Polygone Montpellier et hôtels), et Nicolas Chambon (Socri Reim). 

Entrepreneur-investisseur : le risque chevillé au corps. L’entrepreneur investisseur incarne un autre modèle, plus en prise avec le risque. Bertin Nahum est, ici, un bon exemple. Spécialiste de la robotique chirurgicale, il a vendu en 2016 sa première société, Medtech, pour en recréer aussitôt une autre, Quantum Surgical, en la développant à présent lui-même aux États-Unis.  

Ce profil d’entrepreneur vise une croissance rapide, avec un retour sur investissement, en intégrant des investisseurs au capital. Son objectif est de vendre ou de s’associer. Les risques sont plus élevés… Les gains potentiels aussi. 

Fausse image. L’image de l’entrepreneur est souvent faussée par le miroir déformant du CAC 40. Cette méconnaissance économique pose problème dans la façon d’appréhender l’entrepreneuriat. Beaucoup de nos concitoyens imaginent les patrons riches et exploitant volontiers leurs salariés. C’est souvent l’inverse qui se produit ! Dans les PME, certains patrons gagnent parfois moins que leurs salariés, si on décompte le temps passé.    

Cultiver son réseau… surtout quand tout va bien. Entreprendre peut faire peur. Des dispositifs pro-entreprises ont certes été mis en place, mais le niveau des charges patronales constitue un frein objectif. Malgré tout, l’esprit d’entreprise l’emporte. Des personnes acceptent les sacrifices. La prise de risque fait partie de leur quotidien. 
Un conseil utile : ne pas s’isoler ! Certains chefs d’entreprise s’enferment dans leur activité, n’osent pas demander de l’aide en cas de difficultés, et ne consultent pas les bons interlocuteurs. Il est indispensable de faire partie d’un réseau – club, fédération, association d’anciens élèves, syndicat patronal… La déconnexion à l’écosystème est l’une des causes de déclin des PME. J’entends souvent dire « Je n’ai pas le temps », mais ceux qui rencontrent des difficultés les rencontrent justement du fait de leur isolement.  

Il faut cultiver son réseau quand tout va bien. Accepter de donner de son temps. En cas de coup dur, le réseau saura s’en souvenir et vous venir en aide. À ce sujet, prendre des mandats au tribunal de commerce ou aux prud’hommes s’avère formateur. Les membres de l’ANDRH peuvent en témoigner. Ces engagements sont chronophages, mais ils permettent, par ricochet, d’apprendre à gérer sa propre société et d’anticiper des pièges.  

À noter que la CCI Hérault propose aussi des formations aux dirigeants et pilote le CIP, dispositif qui aide en amont les entreprises en difficulté

Prochaine « Tribune partenaire » de Florian Mantione Institut RH : semaine du 16 juin

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