Production locale, taxe Trump, jeunes agriculteurs… : en direct du SIA 2025

3 mars 2025

Notre journaliste Jules Mestre a couvert le SIA (Salon International de l’Agriculture), les 25 et 26 février. Fanfares d’Uzès, la vache égérie « Oupette » avec son veau « Vienne », le paquito de Jean Lassalle, valse d’apéros corsés… Les Indiscrétions disent tout !

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L’Occitanie compte 165.000 actifs dans l’agriculture. © Jules Mestre

L’Occitanie face aux enjeux agricoles : un plan de soutien ambitieux 

« Je compte deux enjeux majeurs : avoir une agriculture viable malgré les crises. Et il y a le manque d’eau », lance Carole Delga, présidente de la région Occitanie, lors d’un temps d’échange avec la presse, le 25 février, au cours du Salon international de l’agriculture. L’occasion pour elle de présenter le « plaidoyer pour une nouvelle politique agricole commune (PAC) » (à retrouver juste ici), adopté lors de l’Assemblée plénière du 13 février dernier. Au total, ce texte compte 6 grands principes, et 30 préconisations, pour la future PAC 2028-2034. « Quand un marché se porte bien, ayons la souplesse de faire basculer des aides sur des marchés plus en difficulté », milite-t-elle, aux côtés de Jean-Louis Cazaubon, vice-président de la région Occitanie délégué à la souveraineté alimentaire, et Vincent Labarthe, vice-président de la région Occitanie délégué à l’agriculture et à l’enseignement agricole. 

L’Occitanie, place forte du Salon international de l’agriculture. La zone dédiée à l’Occitanie au sein du SIA est la plus grande consacrée à une région. « Plus de 120 exposants mettent à l’honneur des produits de la terre comme de la mer, sans oublier les 164 éleveurs, précise Carole Delga. Il est important de consolider la ferme Occitanie, notamment avec des aides à la trésorerie. Nous mettons en place un dispositif d’aides, avec 15 M€ dédiés, pour aider les exploitations touchées par les aléas climatiques ». 

Première région agricole de France. En Occitanie, l’agriculture est le premier secteur employeur, avec 165.000 actifs, 22 Mds€ de chiffre d’affaires, sur 65.000 exploitations. Depuis 2016, la Région Occitanie a fait passer le budget alloué à la filière de 30 à 77 M€. L’Occitanie est également le premier vignoble d’Europe en production, et la première région bio de France. 

Soutenir les jeunes et les reconversions. « Si nous ne mettons pas en place un accompagnement fort, les jeunes en lycée agricole ou les futurs reconvertis ne viendront pas dans cette filière, parce que les incertitudes sont trop importantes, souffle la présidente de la région Occitanie. Je suis pour un accompagnement renforcé dans les 5 premières années d’exercice, évidemment ». 

Être « offensifs » face à la taxe Trump. Pour la viticulture occitane, le marché américain est le deuxième en valeur, le cinquième en volume. « Les annonces de Donald Trump sont des tentatives de déstabilisation, il ne faut pas être paralysé par cela, estime Carole Delga. À côté de ça, il faut continuer à pousser nos agriculteurs vers la restauration collective. Pour les jeunes, mais aussi dans les Ehpad. »

L’AOP Taureau de Camargue brille pour sa première participation au Concours général agricole 

Trois médailles pour une première. Le 25 février, l’AOP Taureau de Camargue reçoit trois médailles pour sa première participation au Concours général agricole du Salon international de l’Agriculture. Parmi les 9 manades en lice, 3 sont distinguées. La manade Agnel (gérée par Jean-Élie et Marie Agnel), basée au Cailar (30) obtient une médaille d’argent, tout comme la manade Ricard, basée à Arles (13). La manade Occitane (gérée par Etienne Villiet), basée à Marsillargues (34) repart avec une médaille d’or, la première en 29 ans d’histoire pour l’AOP. « Cette distinction amène une plus-value en termes de vente de produits. La clientèle est sensible à ces récompenses. On ne vend pas forcément plus cher, mais on vend plus », confie Magali Saumade, présidente de la Chambre d’agriculture du Gard et éleveuse d’un cheptel de 250 taureaux de Camargue AOP et 150 Aberdeen Angus 

Une victoire pour l’ensemble de la filière, composée de 79 manades étalées sur trois départements : Gard, Hérault et Bouches-du-Rhône. Plus à lire, prochainement, sur Les Échos.

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Plusieurs critères existent. Parmi eux, les bêtes doivent être de race « di Biòu » ou « Brave », inscrites dans des livres généalogiques. Elles doivent être nées, élevées et abattues dans la zone géographique de l’AOP. Les taureaux doivent être entièrement élevés en plein air pour conserver leur état sauvage, et la moitié de l’année en zone humide. 

Petite particularité : la fonction première du taureau de Camargue n’est pas alimentaire, puisque les élevages se destinent en premier lieu aux courses camarguaises. 

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Le stand du département du Gard a fait sensation. © Jules Mestre

SIA : les départements présents, et les absents 

« Je veux saluer la première participation au salon des départements des Hautes-Pyrénées, des Pyrénées-Orientales et de l’Aveyron », lance Denis Carretier, président de la Chambre régionale d’agriculture Occitanie, lors de son discours d’inauguration du stand Occitanie, le 25 février, au Salon international de l’agriculture 2025. 

À l’inverse, cinq départements d’Occitanie, et non des moindres, n’ont pas fait le déplacement : l’Hérault, la Haute-Garonne, le Gers, le Tarn-et-Garonne et le Lot. « Le département de l’Hérault n’est pas là cette année pour des impératifs budgétaires, mais nous attendons avec hâte l’édition 2026 pour pouvoir revenir ici porter haut les couleurs de notre département », lance Yvon Pellet, vice-président du département de l’Hérault délégué à l’économie agricole et à l’aménagement rural.

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Kahina Baha plante un pistachier, entouré d’agriculteurs à l’écoute. © DR

La pistache, solution d’avenir face aux problématiques d’accès à l’eau ? 

Face à la sécheresse et à l’accès limité à l’eau, certains agriculteurs d’Occitanie se tournent vers des cultures moins gourmandes, comme le pistachier, pour diversifier leurs exploitations. Kahina Baha, ingénieure agronome, accompagne ces transitions agroécologiques en Occitanie à l’aide de la structure qu’elle a créé : Confian’sol. « Pour une culture de pistachier, on utilise entre 30 et 40 m³ d’eau par hectare. Pour les vignes, on monte entre 1.000 et 1.200m³ par hectare », explique-t-elle le 25 février aux Indiscrétions. Cependant, elle rappelle qu’il faut compter entre 1,6 et 1,8 € par pied de vigne à l’achat (environ 4.400 vignes/hectare, soit 6.000 € par hectare), contre environ 20 € pour un pied de pistache (230 arbres/hectare, soit 10.000 à 12.000 €/hectare). « Le ticket d’entrée est conséquent, d’autant plus qu’on ne récolte aucune pistache sur les cinq premières années, alors il faut avoir la trésorerie. Mais sur le long terme, cette solution s’avère bien plus économique », ajoute-t-elle. « Pour un hectare de pistaches, il faut compter 30h de travail par an. Pour un hectare de vignes, c’est 130h », précise Guy Meniscus, viticulteur et producteur de pistaches à Laure-Minervois (11), aux Indiscrétions. Lui a arraché 4 de ses 15 hectares de vignes pour cultiver des pistaches. « Je me concentre sur le marché de la pistache de pâtisserie. Le kilo se vend entre 20 et 40 € selon le marché, alors que les pistaches de snacking se vendent de 6 à 15 € le kilo », précise-t-elle. En ce moment, aux côtés d’autres producteurs audois et héraultais, il participe à la création d’une association. « Elle s’appellera Pistache en Languedoc, les démarches sont en cours », souffle-t-il. 

Guy Meniscus précise que la région Occitanie l’a aidé à hauteur de 30 % pour sa plantation de pistachiers. « Sur des grenades, des pistaches, des figues de Barbarie, la région aide dans le cadre de plantations faites pour s’adapter au changement climatique », explique-t-il.

Laurent Poloni gerant de la Miellerie des Clauses.Webp - Les indiscretions
Laurent Poloni, gérant de la Miellerie des Clauses. © Jules Mestre

Le Concours général agricole, c’était mieux avant ? 

« C’est toujours une belle reconnaissance de remporter des médailles au Concours général agricole, mais je ne sais pas si nous retenterons notre chance l’année prochaine, pense Laurent Poloni, (cogérant de la Miellerie des Clauses (Montséret, 11) avec Hélène Poloni, sa femme), à voix haute, depuis son stand du Salon international de l’agriculture. C’est une belle aide à la commercialisation, mais ça a quand même un coût subjectif pour une petite structure comme la nôtre ». Le cogérant de l’entreprise familiale estime qu’il faut débourser entre 200 et 300 € pour faire évaluer un produit, et environ 60 € pour pouvoir utiliser l’étiquette de la médaille obtenue. « On n’arrive pas à faire la jointure, souffle-t-il. Puis je me dis que nous vendons 50 % de nos produits en direct, depuis la boutique, à Montséret. Et ces clients-là viendraient quand même sans médaille ».

Quand agriculture et production d’énergie font bon ménage

En marge du Salon international de l’agriculture, TotalÉnergies annonce mettre en place un nouveau projet d’agrivoltaïsme, dans l’Aude, apprend-on dans un communiqué de presse du 28 février. À Saissac, dans le nord-ouest du département, TotalEnergies va exploiter une parcelle de 35 ha pâturée par des ovins, pour installer des panneaux solaires. Le fournisseur d’énergie et de gaz dirige déjà deux démonstrateurs en Occitanie : le premier à Villemoustaussou (11) avec une ombrière dynamique de 3000 m2, et un deuxième à proximité de Montauban (82). « En Occitanie, l’agrivoltaïsme peut être un levier fort pour préserver et renforcer l’activité agricole en permettant de relocaliser une production d’énergie », glisse Sylvain Panas, directeur-régional TotalEnergies Occitanie.

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TotalEnergies mène également des unités de biométhanisation. D’abord BioRoussillon, à Perpignan (66) : 50.000 tonnes de déchets traités par an, 47,5 GWh produits par an, BioRoussillon fournit 9.400 personnes en biogaz, et du fertilisant organique aux agriculteurs de 43 communes des Pyrénées-Orientales. Puis BioQuercy, à Gramat (46). 57.000 tonnes de déchets traités par an, 16 GWh produits par an, pour alimenter en biogaz 7.000 habitants et du fertilisant organique pour 40 agriculteurs du Lot.

Un dispositif de la Région Occitanie pour aider les agriculteurs 
L’appel à projets pour le dispositif Unique FEADER Occitanie, une aide fournie par la Région Occitanie pour les investissements dans les exploitations agricoles, ouvre ce 18 février. Il s’agit d’un « dispositif d’aide permettant l’accompagnement d’un projet global d’exploitation avec plusieurs axes de développement et d’investissements répondant aux enjeux de l’agriculture durable ». Les candidatures sont ouvertes jusqu’à mi-avril. Plus d’infos sur le dispositif en cliquant ici.

Les olives de LOulibo.Webp - Les indiscretions
Les olives de L’Oulibo. © Jules Mestre

La coopérative oléicole L’Oulibo cartonne au Salon international de l’agriculture
La coopérative oléicole audoise basée à Bize-Minervois (11) est une habituée des allées du parc des expositions de Porte de Versailles, à Paris. La structure, qui se revendique aujourd’hui comme la première de France en termes d’olives de table, récolte cette année 7 médailles (5 en or pour des olives vertes, 2 en argent pour de l’huile d’olive). C’est autant que l’année dernière, par exemple. La coopérative, qui travaille avec 600 à 800 coopérateurs, a une production qui varie entre 300 et 400 tonnes d’olives par an. « Nous avons un chiffre d’affaires qui dépasse cette année les 7 M€, précise Jean-Bernard Gieules, président de la coopérative, aux Indiscrétions. C’est 1,3 M€ de plus qu’il y a trois ans » 

Développer le tourisme par l’olive. À ce jour, la coopérative accueille environ 100.000 visiteurs chaque année. « Bien sûr, avec cette tendance d’augmentation du nombre de visites chaque année, nous réfléchissons à des projets d’extension de notre boutique en direct, et à de nouveaux équipements pour les touristes, comme des salles de séminaires, pour pouvoir prétendre aux 200.000 visiteurs annuels bientôt », précise Jean-Bernard Gieules, conscient de l’importance de la coopérative sur le territoire. « Nous employons 37 personnes qui sont basées sur Bize-Minervois. Au total, ça représente 1,6 M€ répartis et redistribués sur le territoire », conclut-il. 

Une tribune pour renforcer la souveraineté alimentaire des territoires 
Lors du SIA, Isabelle Touzard, vice-présidente de la métropole de Montpellier, déléguée à la transition écologique et solidaire, biodiversité, énergie, agro-écologie et Alimentation, tient le 25 février une conférence afin de rappeler les enjeux de la transition agro-écologique, sur le stand de l’Institut Agro. 

« 16 % de la population ne mange pas à sa faim, et 17 % des adultes sont obèses », liste-t-elle. À ses côtés, Audrey Pulvar, co-vice-présidente du réseau France urbaine et adjointe à la mairie de Paris, et Mélanie Tisné-Versailles, conseillère régionale d’Occitanie, déléguée à la solidarité alimentaire. « Il y a un travail important fait avec Occit’alim, un marché en ligne mis en place par la Région, afin de catalyser les liens entre agriculteurs et restauration collective », souligne cette dernière. 

Rappelons qu’à l’issue des Assises territoriales de la transition agro-écologique les 2 et 3 décembre à Montpellier, plusieurs maires de France, dont Michaël Delafosse (Montpellier), ont signé une tribune adressée au Premier ministre, intitulée « Pour une révolution du système alimentaire : donnons aux territoires les moyens d’agir ». Avec plus de 65 signataires, cette tribune prône la « nécessité de donner plus de pouvoir aux collectivités territoriales qui sont des moteurs d’innovation, d’expérimentation et de construction démocratique ». Elle demande notamment la compétence alimentaire pour les collectivités, un financement de 80 M€ par an pour les Projets alimentaires territoriaux (PAT), un soutien renforcé à la filière bio, et le maintien de l’agence bio. 

En Ariège, l’Épicerie d’Ici, meilleure épicerie de France, et modèle de « non-développement » 

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La roulotte de l’Épicerie d’Ici. ©DR

On peut s’installer à Baulou, un (tout) petit village ariégeois de 165 âmes, et être élu meilleure épicerie de France au Salon du Gourmet, à Paris. C’est le cas de l’Épicerie d’Ici, gérée par Christelle Record. Présente au Salon international de l’agriculture, Les Indiscrétions l’ont rencontrée. 

« En 2022, le jury ne croyait pas en mon modèle ». En 2022, elle participe pour la première fois au concours de la meilleure épicerie de France du Salon du Gourmet. Elle termine 12e sur 84. « Le jury ne croyait pas en mon modèle : très petite épicerie, sur une localisation qui n’est vraiment pas idéale, dans le fin fond de l’Ariège ». Deux ans plus tard, elle participe à nouveau, et repart cette fois avec la médaille d’or, en juillet 2024. 

+50 % de chiffre d’affaires en un an. « Cette récompense a permis une couverture médiatique énorme pour l’épicerie. Aujourd’hui, des personnes viennent exprès depuis Albi (3h30 de voiture, aller-retour, note), et le chiffre d’affaires a explosé. De 374.000 € en 2023, nous avons atteint 547.000 € en 2024 », témoigne-t-elle. Suffisant pour envisager un agrandissement, avec une deuxième roulotte ? « Je n’ai pas envie de ça. L’affaire fonctionne comme je le veux, et ça me convient amplement ». 

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L’intérieur de l’Épicerie d’ici. © DR

Un format minimaliste. « 95 % de nos références viennent d’Ariège. Nous en avons 1700 tout au long de l’année, et 800 en continu, selon les saisons, précise Christelle Record qui est également éleveuse de veaux de lait, et propriétaire d’un cheptel de 40 brunes des Alpes. La roulotte fait 20m², et j’ai un caveau de 14m² pour certains légumes. En me comptant en tant que bénévole sur l’épicerie, j’emploie également deux personnes et un apprenti. Le minimum pour assurer une ouverture de l’épicerie tous les jours de la semaine.

Un projet à Foix, indépendant de l’épicerie. Christelle Record a récemment racheté un local de 140m² dans le cœur de Foix (09). « L’idée, c’est de proposer un mini-marché de légumes et de fromages locaux, et un endroit pour que les gens viennent prendre un petit-déjeuner salé. C’est quelque chose qui manque à Foix. Je veux vraiment détacher ce projet de l’image de la roulotte », témoigne-t-elle. 

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