
« Les collectivités ont le poids suffisant pour imposer une sortie des GAFAM »
Alors que les acteurs américains du numérique captent 280 milliards d’euros par an sur le marché français, Thomas Balladur, fondateur et directeur général d’Interstis Solutions (édition de logiciels, antenne à Montpellier, 70 salariés, 5 M€ de CA) mise sur la commande publique pour accélérer et prépare une levée de fonds de 8 à 10 millions d’euros d’ici 2027. « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.
Interstis affiche l’ambition de remplacer Microsoft 365. Comment te positionnes-tu face à un tel acteur ?
Interstis n’est pas un outil qui équipe 5 % des agents : on voudrait remplacer Microsoft 365. Nos solutions couvrent l’intégralité du périmètre, de la messagerie au document en passant par la visioconférence. Le client type, qui doit servir à dimensionner notre offre, c’est la Région Occitanie. On espère pouvoir travailler avec eux.
La société se prépare également à un nouveau tour de levée de fonds d’ici 2027. On prépare cette séquence pour pouvoir démarrer un road show, qui doit nous permettre de lever entre 8 et 10 millions d’euros : pour consolider, faire des acquisitions stratégiques et pour financer le développement sur un positionnement IA beaucoup plus franc. Dans cette levée, nous aimerions faire rentrer un ou deux organismes d’intérêt vital.
La souveraineté numérique est un sujet de plus en plus présent dans le débat public. Pourquoi est-ce devenu si stratégique, en particulier pour les collectivités ?
Avec l’arrivée de l’IA et le poids des GAFAM, il y a une dépendance économique très forte à des acteurs qui créent peu de valeur sur notre territoire. Nous versons 280 milliards d’euros par an aux acteurs américains du numérique. Les collectivités n’échappent pas à ces dépendances. Elles ont un rôle de première ligne à jouer dans cette reconquête. Politiquement, elles ont le poids suffisant pour imposer une sortie des GAFAM.
Le problème, c’est qu’au moment de basculer au concret, il y a une réticence au changement qui a un coût : migrer d’un système à un autre, former les utilisateurs…
Qu’as-tu porté auprès du CESER Occitanie, qui t’a interrogé dans le cadre d’une contribution sur la souveraineté numérique ?
Il existe, à mon sens, un angle mort là-dedans : une entreprise française éditrice d’une solution souveraine peut être rachetée par un acteur extra-européen, réduisant à néant les efforts engagés. Je pense que les grandes entreprises locales qui ont des outils d’investissements devraient prendre des parts dans ces petites entreprises pour les sécuriser, conserver un droit d’avis au sein des conseils d’administration et éviter l’extra-nationalité des entreprises.
Rapport du CESER à retrouver en cliquant ici.
Sur le même sujet : « Souveraineté numérique et cybersécurité : Interstis Solutions sensibilise la population dans le Gard », Les Indiscrétions du 8 décembre 2025, à lire ici.