Rémi Dumas, président des JA34, vice-président Chambre d’agriculture de l’Hérault  

3 mars 2025
Remi Dumas.Webp - Les indiscretions

« Installer des jeunes agriculteurs, oui, mais durablement »

Interview, dans les allées du SIA 2025, de Rémi Dumas, viticulteur et éleveur de brebis dans l’Hérault, et président des Jeunes Agriculteurs du département. Récemment élu vice-président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault pour un deuxième mandat consécutif, il entend défendre les intérêts des jeunes agriculteurs, et nous dit comment. « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.  

Rémi, quelle est la situation de la filière dans l’Hérault ? Est-elle favorable à l’installation de nouvelles exploitations ?  

Dans l’Hérault, il est nécessaire de prendre en compte plusieurs paramètres. Le département est attractif, avec une démographie qui explose. Ça se ressent au niveau de l’agriculture. Chaque année, nous avons 700 personnes qui viennent nous voir en nous disent qu’elles veulent s’installer dans l’Hérault. Tous ces dossiers n’aboutissent pas, mais il y a un réel attrait. 
Après ça, plusieurs problématiques se posent. Le foncier, d’abord. Il y a une forte tension. Récemment, avec la Chambre d’agriculture de l’Hérault, nous nous sommes battus pour conserver 400 hectares en terre agricole dans le Scot de Montpellier. Cette surface aurait dû être urbanisée, mais à l’issue de longues discussions, nous avons réussi à les garder agricole. Malgré cela, les gens ont envie de s’installer, parce qu’il y a un potentiel d’attractivité : plus de monde, donc plus de consommateurs.  
Cependant, les incertitudes de la profession planent toujours au-dessus de nos têtes. C’est justement cette vision d’avenir que nous aimerions que l’État prenne en compte. Que veulent-ils faire de l’agriculture française ? Est-ce qu’on veut toujours avoir une agriculture nourricière, productiviste, compétitive, de qualité ? Ou est-ce qu’on place les agriculteurs au rang de simples paysagistes qui entretiennent le paysage sans produire outre-mesure ? Je dis tout cela parce qu’aujourd’hui, on nous met beaucoup d’entraves dans notre production. Normes environnementales, sociétales, des contrôles à répétition… Qu’on nous laisse bosser.  
Dans les écoles, chez les jeunes, on constate une forme d’engouement. Mais tout le monde ne finit pas par s’installer. C’est là qu’il faut inverser la tendance également. D’ici 5 ans, la moitié des agriculteurs partiront à la retraite. Il va y avoir un choc démographique et un renouvellement de génération qu’il ne faudra pas rater. Alors installer des jeunes, c’est bien, mais les installer durablement, c’est mieux. La simple politique du chiffre ne mène nulle part. Pour cela, la clé, c’est le revenu. Un meilleur revenu rendra le métier attractif une bonne fois pour toutes. Si vous gagnez de l’argent en travaillant, il n’y a pas de problème. Et puis ça redonnera un peu de fierté, de confiance, aux agriculteurs en place.  
Enfin, la concurrence face aux autres pays. En France, on ne fait pas le poids en termes de prix face aux importations d’Espagne ou d’ailleurs. Et à l’export, on est plus cher que tout le monde.  

Est-ce que les agriculteurs héraultais sont assez aidés ? Par des gels de prêts bancaires par exemple ?  

Je prends l’exemple du Crédit Agricole, l’agriculture représente 5 % de leur clientèle. Grâce aux autres 95 %, ils arrivent à financer les 5 % d’agriculteurs, parce que nous n’avons pas tous des affaires florissantes. Il est important de militer pour que les personnes en difficulté soient accompagnées. Avec les Jeunes agriculteurs et la FDSEA 34, nous avons mené des négociations qui permettent, à condition de l’aval du ministère, d’avoir des prêts de consolidation qui sont étalés sur 12 ans. Ils reprennent l’ensemble des crédits de l’agriculteur en un seul, avec une garantie d’État à 70 %. Ça permet de faire passer un cap au niveau de la trésorerie. Un producteur qui a une trésorerie et qui peut « voir venir », il pourra dire « Non, je ne vends pas mon produit en-dessous de ce prix-là ». S’il n’a pas de trésorerie, qu’il y a des factures à payer, il vendra bien moins cher, et ça dérèglera le marché pour les autres.  

Et la taxe Trump, elle te fait peur ?  

Lors de son premier mandat, la taxe Trump nous avait déjà bien touchés. Nous demandons que l’Europe soit forte pour éviter la mise en place de ces taxes. Nous, les viticulteurs, ne sommes que des dommages collatéraux de concurrences entre Airbus et Boeing par exemple. Et puis si cette taxe est mise en place, pourquoi l’Europe ne ferait pas la même chose auprès des États-Unis ? On se rend bien compte que l’agriculture, et l’alimentation de manière générale, est toujours une arme de dissuasion.  

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