
« Les locaux d’activité ne doivent plus être des produits de seconde zone ! »
Directrice de Tourny Meyer Montpellier depuis 12 ans (un bail ferme), Christèle Marnas, également porte-parole de l’observatoire de l’immobilier d’entreprise (renouvelée en 2025), décortique, le 14 février au Domaine du Grand Puy (« l’anti-Verchant », pour reprendre ses termes), les chiffres 2024 de l’immobilier d’entreprise, et entrouvre avec franchise la porte de 2025. On a aimé animer cette matinée riche en échanges. En présence de plus de 100 participants, dont Sandra Labouly, homologue de Christèle Marnas, et qui mise sur l’offre future en bureaux offerte par la Tour Occitanie au cœur de la capitale régionale (30.000 m², connectés à la gare Matabiau). « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.
Christèle, peux-tu nous livrer les principaux chiffres de l’immobilier d’entreprise sur le territoire élargi de la métropole de Montpellier (incluant Lunel Agglo, le Pays de l’Or et le bassin de Thau, soit 88 communes) ?
En matière de bureaux, la demande placée s’élève. 116.155 m², soit une hausse de 15,3 % par rapport à 2023. Nous enregistrons 276 transactions, dont 14 supérieures à 1.000 m² et aucune de plus de 5.000 m². La surface moyenne est de 270 m², moins qu’en 2023 (333 m²). 78 % des transactions portent sur des surfaces inférieures à 300 m². Ce chiffre raconte plusieurs tendances : entreprises en décroissance avec des demandes négatives, recherche d’économies, simple prudence entrepreneuriale, prise en compte des nouveaux usages avec le télétravail rentré dans les mœurs, sur 2 ou 3 jours par semaine.
Le bon résultat en matière de bureaux s’explique par le projet Anima de Montpellier Business School à Cambacérès. Cette grosse transaction n’est pas une exception. Chaque année, un master-projet aboutit. Cette année, ce sera le futur siège du Crédit Agricole du Languedoc, également à Cambacérès. Quelques transactions rentrées par Tourny Meyer : Collège de Paris (4.112 m², dans l’immeuble Nexus), Engie Green (3.936 m², dans l’immeuble Terra), Keyce Académie (1.509 m², campus Millénium, Parc du Millénaire).
Côté locaux d’activités, la demande placée s’élève à 102.952 m² (- 3 %), avec 153 transactions (dont 23 supérieures à 1.000 m²). Parmi les succès, on peut noter l’implantation de SND, filiale de production de M6, à Garosud, dans les anciens locaux de Chronopost, sur 3.078 m². Autre signature conclue par Tourny Meyer : Evolusolar, sur 1.707 m² dans l’immeuble EMA (zone de fret de l’aéroport Montpellier Méditerranée). Par ailleurs, trois transactions d’entrepôts (supérieurs à 6.000 m²) représentent près de 26.000 m², démontrant une logistique urbaine en croissance. L’aéroport de Montpellier a notamment su convaincre sa gouvernance de laisser partir des terrains pour y installer des plateformes de messagerie, exploitées par Chronopost et Stef. L’acquisition foncière de France Télévisions à Vendargues, pour la réalisation en Vefa d’un studio de 9.500 m², complète ce décompte.
Côté commerce, quels sont les points soulevés par Aurélie Guesné, ta nouvelle directrice adjointe (ex-Arthur Loyd, note) ?
Le cœur de ville concentre 2.000 commerçants et artisans, et attire 5 millions de visiteurs par an. La métropole met en place une politique d’attractivité : gratuité des transports en commun, nombreux événements (sommets internationaux, festivals, congrès…). Du côté des centres commerciaux, j’ai des doutes sur l’impact de l’arrivée de Primark (fast fashion) à Odysseum. Également à Odysseum, une nouvelle programmation des locaux est prévue sur l’ex-Géant Casino (16.000 m²) : supermarché sur 2.500 m², et textile, bazar, culture, sur des cellules allant de 100 m² à 1.500 m², restant à commercialiser. Les zones commerciales sont à repenser. Il faut les aménager sur plusieurs niveaux, y introduire de la mixité (bureaux, médical, hôtellerie, loisirs, commercial), et les inscrire dans une dimension environnementale (imperméabilité des sols, panneaux photovoltaïques, toiture végétalisée, espaces verts et de détente, parking silo ou en toiture, démarches de certification…).
Comment perçois-tu 2025 ? Quels sont tes messages auprès d’Altémed et du maire de Montpellier, Michaël Delafosse ?
2025, c’est l’année des grands projets urbains. J’en identifie quatre. Tout d’abord, Medvallée, avec plusieurs projets immobiliers : Castel Med Park : 8.239 m² en 4 immeubles, livraison au 3etrimestre 2026 ; Belvédère de Gimel, 9.978 m² d’ensemble mixte tertiaire et commerce, livraison au 3e trimestre 2026 ; Campus Medvallée, 15.000 m², sorte de pendant au nord de PIOM, livraison au 2e trimestre 2027). Ensuite, l’îlot Chaptal (ex-Groupama Méditerranée, MSA, ex-centre des Impôts). Par ailleurs, le secteur Parc des Expos (éventuel stade du MHSC) et possible reconfiguration d’Auchan Pérols par Noods. Enfin, le projet de transfert de la clinique du Parc sur la zone de Sablassou à Castelnau-le-Lez. Ces projets sont répartis en divers points du territoire, ce qui est positif.
J’en apprends plus
Mon message ? Je propose à la métropole de mettre à disposition, gratuitement, un terrain de 20 hectares, entre Cambacérès et Lattes, pour y attirer une très grande entreprise, d’envergure internationale. Nous ne devons nous fixer aucune limite, jusqu’aux entreprises mondiales les plus capitalisées, comme Nvidia, leader mondial du calcul informatique. Montpellier doit aller chercher un master projet.
Mes autres messages : les discours des élus sont orientés vers les citoyens, comme la gratuité des transports, mais pas assez vers les entrepreneurs, qui voient des taxes additionnelles dans la gratuité des transports, qui n’a de gratuité que le nom ; Enfin, il faut arrêter de traiter les locaux d’activité comme un produit de seconde zone ! On doit les remodeler, les faire progresser. Les salariés des locaux d’activité et des entrepôts ne sont pas des sous-salariés : eux aussi, doivent pouvoir bénéficier de locaux agréables, et avoir accès à des services (salles de sport, pharmacie, restauration…).