André Deljarry, Président de la CCI Hérault, de MBS et de Purple Campus Occitanie / 1er vice-président de la CCI Occitanie

28 septembre 2026
Andre Deljarry - Les indiscretions

Une dernière année tout schuss

Des quelque 30 personnes présentes dans la salle de CCI Entreprises (Mauguio – 34), ce 28 septembre, c’était probablement le plus en cannes (en forme, note). André Deljarry, parti pour une dernière année tout schuss comme président de la CCI Hérault, a échangé deux heures durant, ce lundi 28 septembre, avec la presse déchaînée. Création d’un laboratoire du commerce, transmissions, tourisme, IA… Morceaux choisis en « Trois questions à… », la rubrique où le tutoiement est de rigueur.

André, entre inflation, baisse de la consommation, hausse des carburants…, comment se portent les entreprises dans l’Hérault ? Quel est ton message pour prévenir les difficultés ?

49 % des dirigeants d’entreprises évoquent des marges en baisse. Les trésoreries se fragilisent, c’est un point de vigilance pour 40 % des dirigeants. Pour les commerces, le BTP, l’hôtellerie-restauration, la logistique, la période est difficile. Dans le Biterrois, des entreprises emblématiques rencontrent des difficultés. Dans la filière viticole, l’arrachage devient de plus en plus nombreux. A l’inverse, la DGFIP fait état d’un bon niveau de rentrée de de TVA, et la création d’’entreprises conserve un niveau soutenu. Il y a même deux fois plus de créations d’entreprises sur les 9 premiers mois de 2026 qu’en 2025. En prenant en compte les radiations, le solde net est positif.
Les TPE et PME font face au défi de la transformation, dans un contexte mouvant et incertain. Un écosystème d’accompagnement permet de prendre le virage : État, Région, CCI, agences de développement, EPCI… ET la solution Soluccio, mise en place par les CCIT d’Occitanie.
J’insiste sur l’utilité du dispositif CIP (prévention des difficultés). Face aux difficultés, trop de dirigeants restent encore isolés, dans le déni. Le mot d’ordre : ne restez pas seuls, allez vers des réseaux, où vous pourrez échanger, confronter les idées, voire changer de stratégie. Il y a plus de 50 réseaux dans l’Hérault ! Dès le premier signal – retard de paiement, baisse de CA, perte d’un client important… -, il faut avoir le CIP. L’entrepreneur pourra alors être accompagné dans une analyse sereine de la situation. Les entretiens sont anonymes et gratuits. 80 % des entreprises qui passent par le CIP sont sauvées. Il est donc possible d’inverser la tendance, à condition de se mobiliser à temps.

Quels défis majeurs identifies-tu ?
J’en identifie plusieurs : transmission d’entreprise, économie touristique, création d’un laboratoire du commerce, IA, foncier économique. Sur ce dernier point, il faut être clair avec les élus : on ne peut pas vouloir des emplois, et ne pas offrir de solutions foncières aux entreprises ! Mais il y a eu du changement aux dernières élections municipales, ce qui permet de rebattre les cartes.

Pour la transmission d’entreprise : quand une entreprise ne trouve pas un repreneur, elle disparaît, et avec elle des emplois, un savoir-faire et des années d’effort. Dans l’Hérault, plus de 15.000 entreprises (soit 15 % du total) et 40.000 emplois sont concernés dans les prochaines années. Une dizaine de rencontres sont prévues dans l’Hérault, pour mettre en relation cédants et repreneurs : 8 et 9 octobre à la CCI Hérault Mauguio, 15 octobre à Baillargues et Lunel, 27 octobre à Saint-André-de-Sangonis (plus d’infos en cliquant ici).
En matière d’économie touristique, après une saison estivale décevante, notamment dans les secteurs de la restauration, des loisirs et du commerce, le but n’est pas d’accueillir plus de visiteurs, mais de créer plus de valeur économique pour les entreprises, en proposant de nouvelles expériences : qualité, événementiel, innovation, montée en gamme des offres….
Quant à l’IA, elle redéfinit la façon dont les entreprises produisent, innovent, recrutent. Nous avons créé une cellule IA, avec des outils adaptés aux besoins des métiers. Il y a à ce jour une méconnaissance du potentiel IA par les dirigeants, une difficulté à prioriser et identifier une solution à déployer, et un manque de compétences techniques.

Que comptes-tu apporter à travers la création d’un laboratoire du commerce ?

Le commerce en mutation : fréquentation en baisse, consommation en berne, soldes d’été décevantes (du fait notamment des fortes chaleurs), impact du télétravail, nouvelles attentes des consommations, essor de l’e-commerce…. Tous les repères volent en éclats. L’activité est en retrait, notamment dans l’équipement de la personne (habillement / chaussures). Deux tiers des commerçants affichent une baisse entre 20 % et 30 % pendant les soldes d’été.
Quand j’observe les commerces, je vois des choses qui ne correspondent clairement pas aux attentes. Et d’autres qui illustrent les nouvelles dynamiques : par exemple, l’ex-enseigne Petit Lord (chaussures), rue Jean-Moulin, remplacée par une pâtisserie.

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Dès octobre, un laboratoire de réflexion sur l’avenir du commerce de proximité à horizon 2035 est mis en place. Il réunira des économistes, chercheurs, universitaires, école de commerce, futurs consommateurs. Pour répondre à des questions très concrètes : Comment les commerçants doivent se positionner ? A quoi ressembleront les consommateurs de demain ? J’ai voulu une pluralité d’experts (dont Mo.Ma, MBS, l’université Paul-Valéry et Purple Campus, dont le vivier de jeunes sera interrogé), en prise directe avec le terrain, pour identifier les leviers opérationnels à actionner, les modèles commerciaux les plus adaptés. La CCI pilotera et coordonnera la démarche. Nos conseillers apporteront leur expertise, avec leur connaissance fine des centres-villes et des centres-bourgs. À nos côtés, l’économiste Philippe Moati contribuera à l’analyse des tendances de consommation, à la compréhension des transformations, à l’identification des signaux faibles. Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA, participera également aux travaux. Les conclusions et scénarios seront soumis à un panel d’étudiants, pour recueillir leur avis, en tant que futurs consommateurs. Un plan d’actions sera restitué en avril, avec référentiel de compétences pour les commerçants, et outils d’aide à la décision pour les associations de commerçants.

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